Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2626408

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2626408
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE GOUEFF-DUONG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2026, M. B... A..., représenté par Me Le Goueff, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet du Var, au préfet de police ou à toute autorité concourant à l’exécution de la mesure d’éloignement le concernant, de différer son embarquement jusqu’à ce que la juge des référés et le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris aient statué sur son cas ;

2°) d’enjoindre à ces mêmes autorités de lui communiquer immédiatement les éléments relatifs à toute tentative d’éloignement programmé le concernant, notamment sa date, son heure, le numéro de vol, la destination et les modalités d’escorte ;

3°) d’enjoindre au préfet du Var de procéder, dans un délai de 24 heures, au réexamen effectif et contradictoire de sa situation ;

4°) d’enjoindre aux autorités administratives concernées de différer l’exécution de la mesure d’éloignement le concernant, jusqu’à l’issue du réexamen de sa situation et à la notification à lui-même et à son conseil de la décision qui en résultera ;

5°) d’ordonner sa présentation à toute audience fixée avec l’assistance d’un interprète en langue vietnamienne ;

6°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

- la condition d’urgence est remplie, dès lors que l’exécution de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet est imminente et qu’elle interviendra avant qu’il ait été statué au fond sur sa légalité ; cette situation lui cause un préjudice grave, dès lors que la mesure en cause a été assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français ;
- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, à son droit au recours effectif, à sa liberté individuelle, à sa liberté d’aller et de venir et à sa liberté d’entreprendre, alors pourtant qu’il n’existe aucun risque qu’il se soustraie à la mesure d’éloignement le concernant et que des incohérences affectent la fiabilité de la procédure suivie à son égard.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Oriol, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant vietnamien né le 30 septembre 1990, a fait l’objet d’un arrêté du 26 août 2026 par lequel le préfet du Var l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Le même jour, le préfet du Var a ordonné le placement en rétention de M. A... pour une durée de 96 heures, au local de rétention administrative de La-Seyne-sur-Mer. Le 29 août 2026, M. A... a été conduit à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle en vue de l’exécution de sa mesure d’éloignement, sur un vol de la compagnie Air France prévu à 13 heures 45. L’embarquement n’ayant pu avoir lieu, M. A... a finalement été admis, le jour-même dans l’après-midi, au centre de rétention administrative de Paris 2. Par la présente requête, il demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Var, au préfet de police ou à toute autorité concourant à l’exécution de la mesure d’éloignement le concernant, de différer son embarquement jusqu’à ce que la juge des référés et le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris aient statué sur son cas, en l’informant des modalités prévues pour son éloignement et en réexaminant sa situation.

Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». L’article L. 522-3 du même code dispose que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

A la différence d’une demande de suspension présentée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s’il est justifié d’une situation d’urgence et de l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l’article L. 521-2 du même code implique, pour qu’il y soit fait droit, qu’il soit justifié d’une situation d’urgence particulière rendant nécessaire l’intervention d’une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

Pour établir l’extrême urgence qu’il y aurait à enjoindre à l’autorité préfectorale de faire cesser la situation dans laquelle il se trouve, M. A... fait valoir que l’exécution de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet est imminente et qu’elle interviendra avant qu’il ait été statué au fond sur sa légalité. Toutefois, s’il fait valoir que la date de son départ a été fixée au 30 août 2026, sous escorte policière, il n’en justifie pas faute de produire la pièce n° 13 annoncée en requête. Au surplus, il résulte de l'instruction que M. A... a saisi le juge des libertés et de la détention d’une requête portant contestation de son placement en rétention le 30 août 2026 à 1 heure 51, tandis qu’il lui est également loisible, s’il s’y croit fondé, de contester au fond la légalité de l’arrêté du 26 août 2026 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. A... ne justifie donc pas de circonstances de nature à justifier d’une situation d’extrême urgence rendant nécessaire l’intervention de la juge des référés dans les quarante-huit heures.

Par suite, en l’absence d’urgence, sans qu’il y ait lieu d’examiner la condition d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....


Fait à Paris, le 1er septembre 2026.


La juge des référés,


Signé


C. ORIOL

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.