Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2626480

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2626480
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2026, M. B... A... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au ministre de l'intérieur de transmettre son dossier à une autorité judiciaire indépendante du ressort de Montpellier (Hérault), dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et d’assurer sa protection et celle de sa famille ;

2°) de condamner l’Etat à l’indemniser des préjudices subis, dont le montant sera fixé par expertise judiciaire ;

3°) de diligenter une expertise pour évaluer l’ensemble des préjudices qu’il a subis.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il subit depuis janvier 2024, de la part de fonctionnaires relevant du ministère de l’intérieur et du ministère des affaires étrangères, des pressions quotidiennes, notamment des tentatives d’intrusion dans sa boîte mail depuis l’ordinateur volé à son domicile ; sa famille et lui-même font l’objet de menaces physiques et de mort alors qu’il a fait des signalements, tous renvoyés vers les services de police de l’Hérault, dont relèvent les fonctionnaires mis en cause ; les services consulaires de Bangkok (Thaïlande), au sein desquels il est affecté, ont refusé de le protéger ;
- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie et à la sécurité, à son droit à un recours effectif et à la protection des lanceurs d’alerte et à son droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants ;
- cette situation lui fait subir des graves préjudices que l’Etat devra indemniser.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Oriol, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant français né le 4 mai 1985, réside à Bangkok (Thaïlande), où il indique travailler pour les services consulaires. Se prétendant victime de menaces graves émanant de fonctionnaires de l’Etat, M. A..., par la présente requête, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’une part, d’enjoindre au ministre de l'intérieur de transmettre son dossier à une autorité judiciaire indépendante du ressort de Montpellier (Hérault), dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et d’assurer sa protection et celle de sa famille, et, d’autre part, de condamner l’Etat à l’indemniser des préjudices qu’il subit, après avoir diligenté une expertise.

Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». L’article L. 522-3 du même code dispose que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

En premier lieu, à la différence d’une demande de suspension présentée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s’il est justifié d’une situation d’urgence et de l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l’article L. 521-2 du même code implique, pour qu’il y soit fait droit, qu’il soit justifié d’une situation d’urgence particulière rendant nécessaire l’intervention d’une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

Pour établir l’extrême urgence qu’il y aurait à enjoindre au ministre de l'intérieur et au ministre des affaires étrangères de faire cesser la situation dans laquelle il se trouve, M. A... fait valoir qu’il subit depuis janvier 2024, de la part de fonctionnaires relevant de leurs ministères, des pressions quotidiennes, notamment des tentatives d’intrusion dans sa boîte mail depuis l’ordinateur volé à son domicile. Il ajoute que sa famille et lui-même font l’objet de menaces physiques et de mort alors qu’il a fait des signalements, tous renvoyés vers les services de police de l’Hérault, dont relèvent les fonctionnaires mis en cause et que les services consulaires de Bangkok, au sein desquels il est affecté, ont refusé de le protéger. Toutefois, faute de pièces versées à l’appui de sa requête, M. A... ne justifie nullement des menaces graves dont il se prétend la victime. En l’état de l’instruction, la condition d’extrême urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut donc être considérée comme remplie.

Par suite, en l’absence d’urgence, sans qu’il y ait lieu d’examiner la condition d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, les conclusions présentées par M. A... sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

En second lieu, il ne relève pas de l’office du juge des référés libertés de condamner l’autorité publique à réparer les préjudices subis par un requérant. Les conclusions indemnitaires de M. A..., irrecevables, doivent donc être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....


Fait à Paris, le 1er septembre 2026.


La juge des référés,


Signé

C. ORIOL

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.