Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100821

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 18 janvier 2021, enregistrée le 22 janvier 2021 au greffe du tribunal, le magistrat délégué du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B A.

Par cette requête, enregistrée le 23 novembre 2020 au tribunal administratif de Versailles, un mémoire complémentaire et trois mémoires en réplique, enregistrés les 9 décembre 2021, 6 juillet 2022, 27 septembre 2023 et 23 avril 2024, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 2 novembre 2020 par laquelle le préfet de police l'a informée qu'elle était redevable d'un trop-perçu de rémunération de 4 261,92 euros correspondant au versement à un taux erroné de l'indemnité de fonction de sujétion et d'expertise pour la période du 1er décembre 2018 au 30 novembre 2020 ;

2°) l'annulation de la mise en demeure du 24 novembre 2021 émise par la direction départementale des finances publiques des Yvelines pour un montant de 3 150, 43 euros et majoré de 315 euros ;

3°) d'enjoindre à la préfecture de police de déduire du montant du trop-perçu la somme de 3 241 euros correspondant aux sommes non-perçues au titre de la NBI entre les années 2011 et 2017.

Elle soutient que :

- le trop-perçu réclamé n'est pas fondé dès lors qu'elle a bénéficié du niveau de prime d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise alloué au grade de secrétaire administratif puisque, tout en étant adjointe administrative, elle a exercé des fonctions de régisseur de recettes relevant de la catégorie B, que ce niveau de prime avait été décidé par sa hiérarchie et qu'il devait être maintenu pendant quatre ans suite à sa mutation sur le poste de gestionnaire charges locatives -relevant du groupe 2 du RIFSEEP pour la catégorie C- dès lors que cette nouvelle affectation résultait de la suppression de son précédent poste ;

- la somme réclamée est surestimée ;

- l'administration ne pouvait modifier son niveau de rémunération sans formalité préalable ;

- le trop-perçu résulte d'une erreur de l'administration ;

- le montant réclamé doit être réduit du montant qui lui est dû au titre de la NBI qu'elle aurait dû percevoir en tant que régisseur.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 24 novembre 2021 sont irrecevables faute de recours administratif préalable devant le comptable chargé du recouvrement ;

- les moyens soulevés contre la décision du 2 novembre 2020 ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 1er septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête en se référant aux moyens soulevés par le préfet de police dans son mémoire enregistré le 10 juin 2022.

La requête a été communiquée à la direction départementale des finances publiques des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n°2006-1760 du 23 décembre 2006 ;

- le décret n°010-302 du 19 mars 2010 ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n°2014-513 du 20 mai 2014 ;

- l'arrêté du 20 mai 2014 pris pour l'application aux corps d'adjoints administratifs des administrations de l'Etat des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;

- l'instruction du ministre de l'intérieur du 22 mai 2017 relative aux modalités de gestion de l'IFSE applicable au 1er janvier 2017

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin,

- et les conclusions de M. Lacote, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée, par arrêté du 13 novembre 2009, dans le corps des adjoints administratifs du ministère de l'intérieur et des outre-mer à compter du 23 novembre 2009 et affectée au bureau de la circulation de la direction de la réglementation et de l'Environnement en qualité de régisseur adjoint. Par arrêté du 11 mars 2011, Mme A était nommée régisseur des recettes de la préfecture à compter du 30 mars 2011 au sein du bureau de l'accueil du public et de la délivrance des titres de la direction des affaires générales et de l'environnement. Son poste ayant été supprimé dans le cadre de la réforme Plan Préfecture Nouvelle génération (PPNG), Mme A a, par arrêté du ministre de l'intérieur en date du 24 février 2017, été mutée au commandement du soutien opérationnel (COMSOP) de la gendarmerie nationale basé à Maisons-Alfort à compter du 1er février 2017 pour exercer les fonctions de gestionnaire de charges locatives au sein du bureau marché, budget et charges. Par décision du 29 janvier 2019, elle était affectée en qualité de gestionnaire budgétaire et comptable au sein du même bureau. Par un courrier du 2 novembre 2020, le secrétariat général pour l'administration de la préfecture de police de Paris, l'informait que, suite à un contrôle a posteriori, il était apparu qu'elle percevait un taux erroné d'indemnité de fonctions de sujétion et d'expertise depuis son affectation au COMSOP au 1er février 2017 et qu'elle était redevable de la somme de 4 261,92 euros pour la période du 1er décembre 2018 au 30 novembre 2020 et qu'une partie de ce trop-perçu serait repris en partie par prélèvement direct sur sa paie du mois de novembre 2020 puis par un titre de perception émis à compter du mois de décembre 2020 pour la somme restante. La Direction départementale des finances publiques des Yvelines a émis le 20 janvier 2021 un titre de perception d'un montant de 3 150,43 euros au titre d'un indu de rémunération pour l'IFSE puis une mise en demeure de payer en date du 24 novembre 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 2 novembre 2020 et de la mise en demeure du 24 novembre 2021 et in fine à être déchargée des sommes qui lui sont réclamées.

Sur les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 24 novembre 2021 :

2. Aux termes de l'article 118 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. /La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité :/ 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; /2° En cas d'opposition à poursuites, dans les deux mois qui suivent la notification de l'acte de poursuite/ 3° L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation. Elle statue dans un délai de six mois dans le cas prévu au 1° et dans un délai de deux mois dans le cas prévu au 2°. A défaut d'une décision notifiée dans ces délais, la réclamation est considérée comme rejetée. ".

3. Les défendeurs soulèvent l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la mise en demeure du 24 novembre 2021 faute pour la requérante d'avoir exercé le recours administratif préalable obligatoire devant le comptable public. Mme A, à qui les mémoires en défense ont été communiqués, ne justifie pas avoir saisi le comptable chargé du recouvrement du recours prévu à l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 précité. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par les défendeurs doit être accueillies et les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 24 novembre 2021 déclarées irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 2 novembre 2020 :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 23 décembre 2006 relatif aux dispositions statutaires communes applicables aux corps d'adjoints administratifs des administrations de l'Etat : " Les corps des adjoints administratifs des administrations de l'Etat sont régis par les dispositions du décret n° 2016-580 du 11 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique de l'Etat et par celles du présent décret. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 19 mars 2010 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux corps des secrétaires administratifs des administrations de l'Etat et à certains corps analogues relevant du décret n° 2009-1388 du 11 novembre 2009 portant dispositions statutaires communes à divers corps de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique de l'Etat : " Les corps de secrétaires administratifs et corps analogues, inscrits en annexe au présent décret, sont classés dans la catégorie B () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. /Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : /1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; /2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; /3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. /Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. /Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions () ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise fait l'objet d'un réexamen : /1° En cas de changement de fonctions ; /2° Au moins tous les quatre ans, en l'absence de changement de fonctions et au vu de l'expérience acquise par l'agent ; /3° En cas de changement de grade à la suite d'une promotion. " Aux termes de l'article 6 du décret précité : " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent, sans préjudice du réexamen au vu de l'expérience acquise prévu au 2° de l'article 3. ". Un arrêté en date du 20 mars 2014 a été pris pour l'application aux corps des adjoints administratifs des administrations de l'Etat des dispositions du décret précité. Le ministre de l'intérieur a, dans une instruction du 22 mai 2017 relative aux modalités de gestion de l'IFSE applicable au 1er janvier 2017, notamment présenté les principes de cette indemnité et les modalités de gestion.

6. Il ressort des pièces du dossier que le trop-perçu contesté est fondé sur la circonstance qu'il a été fait application à Mme A d'un montant d'IFSE erroné au regard des montants socles prévus par l'instruction du 22 mai 2017, celle-ci ayant perçu la somme mensuelle de 646 euros au lieu de 468,42 euros. Or, il ressort de cette instruction que le montant annuel brut d'IFSE pour les adjoints administratifs classés dans le groupe 1 et exerçant en Ile-de-France est d'un montant annuel brut de 5 621 euros, soit 468,42 euros tandis que le montant annuel brut de l'IFSE pour un secrétaire administratif classé dans le groupe 1 exerçant dans la même zone géographique est de 7 752 euros, soit 646 euros mensuels.

7. Mme A soutient que l'exercice des fonctions de régisseur de recettes, avant sa mutation au sein de la gendarmerie nationale, fonctions relevant de la catégorie B, lui ouvrait le droit à percevoir le montant d'IFSE prévu pour ce corps et ce grade et qu'elle devait percevoir dès lors ce niveau d'indemnité durant les quatre années suivant sa mobilité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, adjointe administrative de l'intérieur et des outre-mer, a été mutée à compter du 1er février 2017 au sein du COMSOP de la gendarmerie nationale pour occuper des fonctions de gestionnaire de charges locatives avant d'être affectée en interne sur un poste de gestionnaire budgétaire et comptable à compter du 18 février 2019. Précédemment, à cette mutation au sein des personnels civils de la gendarmerie nationale, Mme A a occupé au sein de la préfecture du Val-de-Marne, toujours avec le grade d'adjointe administrative, les fonctions de régisseur de recettes adjoint à compter du 23 novembre 2009 au sein du bureau de la circulation avant d'être nommée à compter du 31 mars 2011, régisseur de recettes au sein du bureau de l'accueil du public et de la délivrance des titres. Par décision du 24 février 2016, le préfet du Val-de-Marne, dans le cadre de la mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat instauré par le décret du 20 mai 2014, l'a classée dans le groupe 1 de son corps, en l'espèce celui des adjoints administratifs. Le bulletin de paie du mois de février 2017 émis pour le dernier poste qu'elle occupait au sein de la préfecture du Val de Marne porte mention d'une IFSE d'un montant brut de 468,42 euros, correspondant au montant prévu pour les adjoints administratifs classés dans le groupe de fonction du groupe 1 de leur corps. Il ressort des pièces du dossier et notamment du bulletin de salaire du mois d'octobre 2017 qu'il lui a été attribuée le montant de l'IFSE prévu pour le groupe 1 des fonctions exercées par les secrétaires administratifs à compter de son affectation dans les services de la gendarmerie nationale et que le trop-perçu d'un montant de 4 261,48 euros dont il lui est demandé le remboursement correspond à la différence entre le montant de l'IFSE de groupe 1 allouée aux adjoints administratifs, corps de catégorie C, et celui alloué au titre du groupe 1 pour les secrétaires administratifs, corps de catégorie B. Mme A, qui n'établit ni n'allègue, détenir le grade de secrétaire administrative, ne justifie en outre d'aucune décision dérogatoire lui accordant ce niveau d'indemnité. En outre, le seul fait d'avoir exercé des fonctions de régisseur de recettes entre le mois de mars 2011 et le 31 janvier 2017, ne saurait à lui seul justifier qu'il lui soit appliqué le montant de l'IFSE prévu pour un grade et un corps auquel elle n'appartient pas et ce d'autant plus qu'il ressort de la fiche de poste de régisseur de recettes qu'elle produit que la catégorie statutaire prévue pour ce poste est indifféremment B ou C.

8. En second lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. () ".

9. Il résulte des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations et de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que Mme A ne saurait se prévaloir d'aucun droit au maintien d'un montant d'IFSE erroné, pas plus que du maintien d'un niveau de prime dont elle ne bénéficiait d'ailleurs pas avant son affectation au sein des personnels civils de la gendarmerie nationale.

10. En troisième lieu, si Mme A indique que le montant réclamé est surestimé, elle n'apporte aucune précision à l'appui de cette allégation, permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, Mme A ne conteste pas avoir perçu depuis sa prise de fonction dans la gendarmerie nationale une IFSE d'un montant mensuel brut de 646 euros, correspondant au niveau de prime prévu pour les secrétaires administratifs.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'établit pas que le trop-perçu au titre de l'IFSE qu'il lui a été versé entre le 1er décembre 2018 et le 30 novembre 2020 serait mal fondé. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation et de décharge doivent être rejetées.

12. Enfin, la requérante fait valoir qu'il convient de déduire du trop-perçu réclamé la somme de 3 241 euros correspondant au montant de la nouvelle bonification indiciaire qu'elle aurait, selon elle, dû percevoir en qualité de régisseur pour la période du 1er avril 2011 au 31 janvier 2017. Toutefois, elle n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, que cet emploi bénéficiait de la NBI, ni qu'elle en avait obtenu le bénéfice. Par suite elle n'est pas fondée à demander que la compensation entre le montant du trop-perçu au titre de l'IFSE et les sommes non perçues au titre de la nouvelle bonification indiciaire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024 , à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,