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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101157

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101157

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2021, Mme A B épouse D, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Vitry-sur-Seine a prononcé sa mise en disponibilité d'office à compter du 1er novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vitry-sur-Seine de la rétablir dans ses droits à compter du 1er novembre 2019 dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vitry-sur-Seine le versement de la somme de 1 500 euros à Me Cacciapaglia en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en fait ;

- il a été pris en méconnaissance du principe général de droit de non-rétroactivité des actes administratifs dès lors que son placement en disponibilité d'office intervient à compter du 1er novembre 2019 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986 et de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 mars et 27 juin 2022, la commune de Vitry-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable car tardive et qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 septembre 2022 à midi.

Par une décision du 7 décembre 2020, Mme B épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse D, adjointe administrative territoriale principale de première classe, exerçait ses fonctions depuis le 13 avril 2010 au sein des services de la commune de Vitry-sur-Seine. A sa demande, elle a été placée en disponibilité pour convenances personnelles pour trois mois à compter du 1er février 2017, cette disponibilité ayant été prolongée à plusieurs reprises jusqu'au 31 octobre 2019. Elle a ensuite demandé sa réintégration par un courrier en date du 3 avril 2019. Par un courrier en date du 2 mai 2019, le maire de la commune de Vitry-sur-Seine l'a informée qu'elle serait réintégrée à l'une des trois premières vacances d'emploi correspondant à son grade à compter du 1er novembre 2019 et que, dans l'attente de la vacance d'un poste, sa disponibilité sans traitement serait prolongée jusqu'à sa réintégration effective puis par un courrier en date du 9 mars 2020, il lui a indiqué qu'aucun poste correspondant à son grade n'était disponible. Mme B épouse D demande l'annulation de l'arrêté en date du 9 mars 2020 par lequel le maire de Vitry-sur-Seine l'a placée en disponibilité pour absence de poste vacant à compter du 1er octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E C, adjoint au maire, qui bénéficiait d'une délégation de pouvoir du maire de Vitry-sur-Seine en vertu d'un arrêté n° 1530 du 6 février 2015 transmis en préfecture et affiché le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; "

4. Un fonctionnaire ayant sollicité avant l'expiration de la période de sa mise en disponibilité une demande de réintégration a droit à obtenir sa réintégration à l'une des vacances dans son grade. Tout refus de réintégration opposé à un agent doit alors être motivé en application des dispositions précitées.

5. En l'espèce, l'arrêté plaçant la requérante en disponibilité comporte les motivations en droit qui le fonde ainsi que le motif suivant : " Mme B épouse D () est placée en disponibilité d'office pour absence de poste ". Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

6. En troisième lieu, Mme B épouse D soutient que l'arrêté attaqué, en tant qu'il procède rétroactivement à sa mise en disponibilité, méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs. Il ressort cependant des pièces du dossier que cette rétroactivité était nécessaire à la régularisation de sa situation administrative. Dès lors, le principe invoqué n'a pas été méconnu.

7. En quatrième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés dans le ressort territorial de son cadre d'emploi, emploi ou corps en vue de la réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire ".

8. Aux termes de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité et de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf dans le cas où la période de mise en disponibilité n'excède pas trois mois, le fonctionnaire mis en disponibilité sur sa demande fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son cadre d'emplois d'origine trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité. () / Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 précitée () ".

9. Aux termes de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 : " A l'expiration d'une disponibilité, d'un détachement, d'une position hors cadres ou d'un congé parental du fonctionnaire pris en charge, prononcés par le Centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion, la collectivité ou l'établissement redevable de la contribution prévue à l'article 97 bis examine les possibilités de reclassement de l'intéressé dans un emploi correspondant à son grade. En l'absence de reclassement, le fonctionnaire est pris en charge par le Centre national de la fonction publique territoriale ou le centre de gestion. "

10. Contrairement à ce que soutient Mme B épouse D, il ne résulte pas des dispositions précitées que la commune aurait été dans l'obligation de lui faire parvenir une proposition de détachement ou d'intégration sur un poste correspondant à un grade équivalent d'un autre cadre d'emploi. De plus, si Mme B épouse D se prévaut de ce que la commune de Vitry-sur-Seine ne lui aurait jamais adressé une liste de postes vacants correspondant à son grade, il ressort des pièces du dossier que la commune lui a indiqué par un courrier en date du 2 mai 2019 que le département des ressources humaines prendrait attache avec elle si un poste devait se libérer avant la fin de sa disponibilité et qu'un premier poste lui a été proposé le 17 mai 2021. L'intéressée n'a pas répondu à cette première proposition mais en a accepté une seconde, formulée le 28 mars 2022. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B épouse D ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que la commune de Vitry-sur-Seine n'indique pas la nature des frais qu'elle aurait exposés et qui n'auraient pas été compris dans les dépens, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme qu'elle demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vitry-sur-Seine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D, à la commune de Vitry-sur-Seine et à Me Cacciapaglia.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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