Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101735

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101735
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCBR & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 24 février, 22 juillet, 18 novembre 2021 et 15 mars 2022, la société par actions simplifiée (SAS) TCR France doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui restituer la somme de 98 054 euros, correspondant à un excédent d'impôt sur les sociétés de l'année 2015.

La requérante soutient que :

- la prescription quadriennale a commencé à courir le 1er janvier 2017 et n'était pas atteinte à la date de sa demande de restitution ;

- subsidiairement, elle a formulé une première demande de remboursement par courriel du 1er décembre 2016 qui a interrompu le délai de la prescription quadriennale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin, 17 septembre 2021 et 13 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 13 juin 2024 que le jugement à intervenir était susceptible, dans l'affaire citée en référence, d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'en l'absence d'une demande de restitution à l'administration appuyée des pièces justificatives nécessaires, en particulier du relevé de solde prévu par l'article 360 de l'annexe III au code général des impôts, la requête est irrecevable (Conseil d'Etat, 9 juin 2020, société Sofil, n° 417936).

Une réponse à ce moyen relevé d'office, enregistrée le 18 juin 2024, a été présentée par la société TCR France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 1968-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public ;

- et les observations de Me Wibratte, représentant la société TCR France.

Une note en délibéré, présentée pour la société TCR France à été produite le 27/06/2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) TCR France qui a absorbé la SAS Aerolima avec effet au 30 juin 2019, a, par une réclamation du 27 juillet 2020, demandé au service des impôts des entreprises de Chelles de procéder au remboursement d'une somme de 98 054 euros correspondant à l'excédent d'impôt versé par sa filiale, la société Aerolima GSE, au titre des acomptes d'impôt sur les sociétés de l'année 2015. Par décision du 23 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. Par la requête susvisée, la société demande la restitution de cette somme.

2. Aux termes de l'article 1668 du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " 1. L'impôt sur les sociétés donne lieu au versement, au comptable public compétent, d'acomptes trimestriels déterminés à partir des résultats du dernier exercice clos (). 2. Il est procédé à une liquidation de l'impôt dû à raison des résultats de la période d'imposition mentionnée par la déclaration prévue au 1 de l'article 223 (). Si la liquidation fait apparaître que les acomptes versés sont supérieurs à l'impôt dû, l'excédent, défalcation faite des autres impôts directs dus par l'entreprise, est restitué dans les trente jours à compter de la date de dépôt du relevé de solde et de la déclaration prévue au 1 de l'article 223 () ". Aux termes de l'article 360 de l'annexe III au même code : " La liquidation de l'impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l'article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l'administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l'adresse du principal établissement de l'entreprise. Le relevé de solde accompagné le cas échéant du complément d'impôt résultant de cette liquidation est adressé au comptable de la direction générale des finances publiques du lieu d'imposition défini à l'article 218 A du même code. Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ".

3. En outre, aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". En vertu de l'article L. 281 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : () 2° () sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée () ". Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite () ".

4. Il résulte des dispositions citées au point 3 qu'à la différence des impôts dont le paiement s'effectue par voie de rôle, l'impôt sur les sociétés fait l'objet d'un paiement spontané par le contribuable, suivi d'une régularisation lorsque la société dépose sa déclaration de résultats à la clôture de l'exercice. Une contestation tendant à la restitution de tout ou partie de l'impôt sur les sociétés dont une société s'est spontanément acquittée après sa liquidation par ses soins ne concerne pas la détermination de l'assiette de l'impôt ou son calcul mais le montant de la dette fiscale de la société compte tenu des paiements déjà effectués. Il s'agit ainsi d'une contestation relative au recouvrement et non à l'assiette de l'impôt sur les sociétés. Enfin, le relevé de solde prévu par l'article 360 de l'annexe III au code général des impôts a vocation à informer l'administration de l'existence d'un excédent de versement et doit être produit devant cette dernière avant qu'elle ne statue sur une demande de restitution d'acomptes provisionnels d'impôt sur les sociétés versés au Trésor public, de sorte qu'elle soit en mesure d'en apprécier l'existence et le montant, et une demande de restitution à l'appui de laquelle ne sont pas produites, devant l'administration, avant que celle-ci n'y statue, les pièces justificatives, nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé, est, de ce fait, irrecevable.

5. En l'espèce, si la requérante a présenté deux demandes de restitution, l'une par un courriel du 1er décembre 2016 et l'autre par une réclamation du 27 juillet 2020, il est constant qu'aucune de ces demandes ne comportait le relevé de solde prévu par l'article 360 de l'annexe III au code général des impôts. La circonstance qu'un tableau reprenant les mêmes informations que celles se trouvant sur ce relevé était joint à ces demandes ne permet pas de regarder ces dernières comme régulières au regard des dispositions précitées de l'article 1668 du code général des impôts. De même, si la société justifie avoir présenté, le 17 juin 2024, une nouvelle demande de restitution comportant en annexe le relevé de solde, une telle circonstance est sans influence sur la solution du présent litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les demandes de restitution présentées par la SAS TCR France étant, dès lors, irrecevables, la requête tendant à la restitution de la somme de 98 054 euros correspondant à l'excédent d'impôt versé au titre d'acomptes d'impôt sur les sociétés de l'année 2015 ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS TCR France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée TCR France et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : S. Chafki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,