Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102365

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2021, la commune de Villejuif, représentée par Me Claisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2021 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a fixé pour l'exercice 2019 le montant de la reprise financière applicable à la commune de Villejuif en application du VI de l'article 29 de la loi n°2018-32 du 22 janvier 2018 à

350 289 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- la décision attaquée est entachée, par voie d'exception, de l'illégalité du contrat dit "A" signé le 27 juin 2018 entre la commune de Villejuif et l'Etat, lequel a minoré le montant des dépenses de l'exercice 2017 qui a servi de " base " à la fixation du montant maximum des dépenses réelles des exercices suivants, d'un montant de 393 397 euros correspondant à des dépenses de fluides rattachées de manière excessive à l'exercice 2016 ;

- l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel le préfet du Val-de-Marne a fixé le montant de la reprise financière de la commune de Villejuif à 350 289 euros méconnaît le paragraphe V de l'article 29 de la loi n° 2018-32 du 22 janvier 2018, en ce que le représentant de l'Etat dans le département du Val-de-Marne n'a exclu ni les dépenses nouvelles issues des frais de gestion du nouveau dispositif du stationnement payant à hauteur de 136 856 euros, ni les dépenses qui devaient être rattachées à l'exercice 2018 telles que les dépenses de restauration scolaire à hauteur de 411 951,95 euros et les dépenses de fluides à hauteur de 104 309 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

La préfète du Val-de-Marne soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Une lettre du 6 mars 2023 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 28 mars 2023.

Une ordonnance du 11 septembre 2023 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2018-32 du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,

- et les observations de Me Gien, représentant la commune de Villejuif.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat dit "A" conclu le 27 juin 2018, l'Etat, représenté par le préfet du Val-de-Marne et la commune de Villejuif, représentée par son maire, ont fixé l'objectif d'évolution des dépenses réelles de fonctionnement de cette collectivité territoriale, sur le fondement des dispositions de l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les exercices 2018, 2019 et 2020. Par un arrêté du 18 janvier 2021, le préfet du Val-de-Marne a fixé pour l'exercice 2019 le montant de la reprise financière applicable à la commune de Villejuif en application du VI de l'article 29 de la loi n°2018-32 du 22 janvier 2018 à 350 289 euros. La commune de Villejuif demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le contrat dit "A" conclu le 27 juin 2018:

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 : " I. - Des contrats () ont pour objet de consolider leur capacité d'autofinancement et d'organiser leur contribution à la réduction des dépenses publiques et du déficit public. / Des contrats de même nature sont conclus entre le représentant de l'Etat, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre dont les dépenses réelles de fonctionnement constatées dans le compte de gestion du budget principal au titre de l'année 2016 sont supérieures à 60 millions d'euros. () / II. - Le contrat prévu au I est conclu pour une durée de trois ans, au plus tard à la fin du premier semestre 2018, pour les exercices 2018, 2019 et 2020. Il est signé par le représentant de l'Etat et par le maire ou le président de l'exécutif local, après approbation de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre. / Il peut donner lieu à un avenant modificatif sur demande de l'une des parties. / III. - Les dépenses réelles de fonctionnement s'entendent comme le total des charges nettes de l'exercice entraînant des mouvements réels au sein de la section de fonctionnement des collectivités ou établissements concernés. Elles correspondent aux opérations budgétaires comptabilisées dans les comptes de classe 6, à l'exception des opérations d'ordre budgétaire, et excluent en totalité les valeurs comptables des immobilisations cédées, les différences sur réalisations (positives) transférées en investissement et les dotations aux amortissements et provisions. / Pour l'application du deuxième alinéa du I aux communes membres de la métropole du Grand Paris, les dépenses décrites au premier alinéa du présent III sont minorées des contributions au fonds de compensation des charges territoriales () ".

3. La commune de Villejuif fait valoir que le contrat signé le 27 juin 2018 est illégal dès lors qu'il a minoré le montant des dépenses de l'exercice 2017 qui a servi de

" base " à la fixation du montant maximum des dépenses réelles des exercices suivants, d'un montant de 393 397 euros correspondant à des dépenses de fluides rattachées de manière excessive à l'exercice 2016, et que le montant des dépenses réelles de fonctionnement des exercices 2018, 2019 et 2020 arrêté par le contrat a été lui aussi minoré.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du compte de gestion de l'exercice 2017 de la commune de Villejuif, produit par la préfète du Val-de-Marne, que l'ensemble des opérations budgétaires comptabilisées dans les comptes de classe 6 s'élève à 81 209 135,11 euros, soit précisément le montant retenu par le "contrat" conclu le

27 juin 2018. La commune de Villejuif, qui ne présente ni facture revêtue du service fait, ni mandatement adressé au comptable public, se borne à produire à titre de justificatif un simple tableau financier réalisé par ses propres services qui est en tout état de cause insuffisant pour établir qu'une erreur grèverait son compte de gestion 2017. En outre, si la commune invoque "des rattachements fluctuants de dépenses de fluides", qui auraient faussé la comparaison de deux exercices, le III de l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018 dispose que les dépenses réelles de fonctionnement s'entendent comme le total des charges nettes de l'exercice entraînant des mouvements réels au sein de la section de fonctionnement des collectivités ou établissements concernés. A ce titre, elles correspondent aux opérations budgétaires comptabilisées dans les comptes de classe 6 par le comptable public conformément aux engagements et aux mandatements opérés par l'ordonnateur au cours de l'exercice annuel et non aux opérations comptables auxquelles la commune aurait dû, voulu ou préféré procéder. Dans ces conditions, la commune de Villejuif n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que le " contrat dit "A"" qu'elle a conclu avec le représentant de l'Etat serait illicite en ce qu'il aurait méconnu l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022. Par suite, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de ce " contrat " doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 18 janvier 2021:

5. Aux termes de l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 : " () V. - A compter de 2018, il est constaté chaque année la différence entre le niveau des dépenses réelles de fonctionnement exécuté par la collectivité territoriale ou l'établissement et l'objectif annuel de dépenses fixé dans le contrat. Cette différence est appréciée sur la base des derniers comptes de gestion disponibles. / Dans le cas où cette différence est supérieure à 0, il est appliqué une reprise financière dont le montant est égal à 75 % de l'écart constaté. Le montant de cette reprise ne peut excéder 2 % des recettes réelles de fonctionnement du budget principal de l'année considérée. / Le niveau des dépenses réelles de fonctionnement considéré pour l'application du deuxième alinéa du présent V prend en compte les éléments susceptibles d'affecter leur comparaison sur plusieurs exercices, et notamment les changements de périmètre et les transferts de charges entre collectivité et établissement à fiscalité propre ou la survenance d'éléments exceptionnels affectant significativement le résultat. / Le représentant de l'Etat propose, s'il y a lieu, le montant de la reprise financière. / La collectivité territoriale ou l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dispose d'un mois pour adresser au représentant de l'Etat ses observations. Si la collectivité territoriale ou l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre présente des observations, le représentant de l'Etat, s'il y a lieu, arrête le montant de la reprise financière. Il en informe la collectivité ou l'établissement en assortissant cette décision d'une motivation explicite. / Si la collectivité territoriale ou l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre ne s'est pas prononcée dans le délai prescrit, le représentant de l'Etat arrête le montant de la reprise financière () ".

6. En premier lieu, la commune de Villejuif soutient que l'exercice 2019 comporte un niveau exceptionnel de report de dépenses de l'année 2018 qui aurait justifié un retraitement : d'une part, des dépenses de restauration scolaire à hauteur de 411 951,95 euros, alors qu'aucune facture 2017 n'avait été payée en 2018 et que seuls 380,50 euros avaient été rattachés à l'exercice de 2017 servant de référence et, d'autre part, des dépenses de fluides de l'année 2018 à hauteur de 104 309 euros, ce qui est un rattachement totalement inédit, inverse à celui des exercices précédents. Toutefois, le report de factures d'une année budgétaire sur l'autre ne peut, de ce seul fait, être qualifié d'élément exceptionnel au sens du V de l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018, alors, au surplus, qu'il n'est pas démontré que de tels reports affecteraient significativement le résultat des exercices comptables dont il s'agit, dès lors que les montants des dépenses réelles de fonctionnement de la commune s'élevaient à

81 209 135 euros pour 2017, 82 386 667 euros pour 2018, 83 581 274 euros pour 2019 et

84 793 2023 euros pour 2020. Par suite, la commune de Villejuif n'est pas fondée à soutenir que l'exercice comptable 2019 comporte un niveau exceptionnel de report de dépenses de l'année 2018 au sens du V de l'article 29 de la loi du 22 janvier 2018, qui aurait justifié un retraitement.

7. En second lieu, la commune de Villejuif fait également valoir que le préfet du Val-de-Marne aurait dû exclure les frais de gestion du nouveau dispositif du stationnement payant dès lors que la loi n°2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles a organisé la dépénalisation et la décentralisation du stationnement payant, depuis le 1er janvier 2018. Si la préfète du Val-de-Marne soutient que la réforme du stationnement payant concerne les communes ayant choisi de soumettre à paiement tout ou partie de leur stationnement sur voirie publique, qu'elle n'a pour objet que de donner aux élus locaux de nouveaux moyens pour organiser le service public du stationnement et qu'elle relève donc d'un choix de gestion de la commune, elle n'en modifie pas moins le périmètre de ses compétences, et représente près de 30% de l'excédent constaté, de sorte que cette réforme du stationnement a constitué un élément susceptible d'affecter la comparaison sur plusieurs exercices. Par suite, la commune de Villejuif est fondée à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait dû exclure les frais de gestion du nouveau dispositif du stationnement payant de ses dépenses.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 18 janvier 2021 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a fixé pour l'exercice 2019 le montant de la reprise financière applicable à la commune de Villejuif doit être annulé en tant seulement qu'il n'exclut pas les charges afférentes aux dépenses du stationnement payant.

Sur les frais liés au litige:

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la commune de Villejuif et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel le préfet du Val-de-Marne a fixé pour l'exercice 2019 le montant de la reprise financière applicable à la commune de Villejuif en application du VI de l'article 29 de la loi n°2018-32 du 22 janvier 2018 à 350 289 euros est annulé en tant seulement qu'il n'exclut pas les charges afférentes aux dépenses relatives au stationnement payant.

Article 2: L'Etat versera à la commune de Villejuif une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villejuif et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2102365