Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102951
mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102951 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | THEMIS ET ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2021, M. B A, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 12 novembre 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la sanction qui lui a été infligée le 12 novembre 2020, de révocation du sursis prononcé à son encontre le 1er octobre 2020, à hauteur de cinq jours de placement en cellule disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat (garde des sceaux, ministre de la justice), le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'autorité ayant déclenché les poursuites disciplinaires était incompétente pour ce faire ;
- l'autorité ayant procédé à l'enquête disciplinaire était incompétente pour ce faire ;
- l'identité et la qualité des assesseurs requis pour la tenue de la commission de discipline n'est pas précisée et il n'est pas établi que le premier assesseur n'était pas le rédacteur du compte rendu d'incident sur le fondement duquel il a été poursuivi, et par suite, que le principe d'impartialité ait été respecté ; en outre, il n'est pas établi que l'autorité ayant présidé la commission de discipline disposait d'une délégation de compétence à cet effet ;
- les droits de la défense ont été méconnus, en ce qu'il n'est pas établi que les faits pour lesquels il a été poursuivi ainsi que leur qualification juridique aient été portés à sa connaissance, ni qu'il ait pu consulter son dossier disciplinaire plus de trois heures avant l'audience de la commission, et conserver une copie de son dossier disciplinaire ;
- la sanction en litige est fondée sur des faits non établis, alors qu'il en conteste fermement la matérialité, que ceux-ci auraient été retenus sur le seul fondement des dires d'une préparatrice en pharmacie à une infirmière et qu'une fouille de sa cellule n'a pas confirmé les faits lui étant imputés ;
- les faits reprochés ont fait l'objet d'une qualification juridique inexacte.
La requête a été communiquée le 1er avril 2021 au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit de mémoire en défense, en dépit de la mise en demeure qui lui a été faite, le 18 avril 2024, de produire un mémoire dans le délai d'un mois, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,
- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, incarcéré au sein du centre pénitentiaire Sud Francilien, a fait l'objet d'une sanction, prononcée par la commission de discipline de l'établissement le 12 novembre 2020, de révocation du sursis qui avait été prononcé à son encontre par une décision disciplinaire du 1er octobre 2020, à hauteur de cinq jours de placement en cellule disciplinaire, à effectuer du 12 au 16 novembre 2020. Conformément aux dispositions de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, désormais codifiées à l'article R. 234-43 du code pénitentiaire, M. A a formé, par un courrier réceptionné le 18 novembre 2020, un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris. Le silence gardé par cette autorité sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, le 18 janvier 2021, dont le requérant demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
3. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, désormais codifiées à l'article R. 232-5 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ". Et, selon les dispositions de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale, désormais codifiées à l'article R. 233-1 du code pénitentiaire : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 8° La mise en cellule disciplinaire. ".
4. Il ressort des termes de la décision de sanction en litige que celle-ci a été édictée sur le fondement des dispositions précitées du code pénitentiaire, applicables à la commission d'une faute tenant en un refus de se soumettre à une mesure de sécurité ou à un refus d'obtempérer immédiatement à une injonction du personnel pénitentiaire. Or, il ressort des termes de la même décision qu'il est reproché à M. A d'avoir, à la pharmacie de l'établissement pénitentiaire, subtilisé une pochette contenant le traitement d'un co-détenu, en se faisant passer pour ce dernier auprès d'une préparatrice en pharmacie afin de se voir remettre la pochette en question. Il ne ressort d'aucun élément que la commission de tels faits soient susceptibles de caractériser un refus de se soumettre à une mesure de sécurité, cependant qu'il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. A se serait vu adresser par un membre du personnel pénitentiaire une injonction à laquelle il n'aurait pas immédiatement déféré. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en retenant la qualification juridique prévue au 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale pour sanctionner les faits pour lesquels il a été poursuivi, la commission de discipline du centre pénitentiaire Sud Francilien a entaché sa décision d'erreur dans la qualification juridique des faits. En conséquence, le moyen tiré d'une telle erreur, entachant la décision de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par le requérant auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires, doit être retenu.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris du 18 janvier 2021.
Sur les frais liés au litige :
6. Il résulte des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions précitées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ciaudo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à cet avocat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris du 18 janvier 2021 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Ciaudo, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, à charge pour lui de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au centre pénitentiaire Sud-Francilien de Réau.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, première conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 juillet 2024.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme
La greffière,