Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105142

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantTHEMIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2021, M. B A, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 21 janvier 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 11 décembre 2020 par la commission de discipline du centre de détention de Melun ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Ciaudo en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'autorité ayant déclenché les poursuites disciplinaires était incompétente pour ce faire ;

- la commission de discipline était irrégulièrement composée dès lors que n'y siégeaient pas deux membres assesseurs en méconnaissance de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, que son président n'était pas habilité à y siéger et qu'il n'est pas établi que le premier assesseur n'ait pas été à l'origine de la procédure disciplinaire dont il a fait l'objet ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier disciplinaire plus de trois heures avant la tenue de la commission ;

- il a été dans l'incapacité de préparer sa défense dès lors qu'il n'a pas pu conserver une copie papier de son dossier disciplinaire ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis ;

- la sanction qui lui est infligée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Par ordonnance en date du 3 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2024 à 12h00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

=

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, détenu au centre de détention de Melun, a fait l'objet, le 11 décembre 2020, d'une sanction de placement pour vingt-cinq jours en cellule disciplinaire, prononcée par la commission de discipline de l'établissement. M. A a formé un recours préalable obligatoire contre cette sanction auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris qui l'a expressément rejeté par une décision en date du 21 janvier 2021. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, désormais codifiées à l'article R. 313-2 du code pénitentiaire : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande. () ".

3. Le respect des droits de la défense préalablement au prononcé d'une sanction, qui constitue un principe général du droit, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements qui lui sont reprochés ont été retenus.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bordereau de signature figurant sur l'état des pièces du dossier disciplinaire de M. A, que l'avocat de ce dernier a été mis à même de consulter ces pièces le 11 décembre 2020 à 10h50 alors que la commission disciplinaire devait siéger le même jour à 11h00, en conséquence de quoi le requérant a disposé d'un délai inférieur à trois heures pour préparer ses observations en méconnaissances des dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 21 janvier 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à Me Ciaudo, avocat de M. A sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 janvier 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris est annulée.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Ciaudo, avocat de M. A, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Ciaudo.

Copie en sera adressée au directeur du centre de détention de Melun.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère.

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

BOB

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