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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106491

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106491

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantEYRIGNOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 juillet 2021 et les 3 avril et 24 mai 2023, M. A D, représenté par Me Cassel , demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans sans traitement ;

2°) d'enjoindre à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet de le réintégrer dans ses fonctions à compter du 1er août 2021, d'effacer toute mention de la sanction et des poursuites disciplinaires dirigées contre lui de son dossier administratif et de tout autre fichier et de régulariser sa situation dans le sens du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cent euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise aux termes d'une procédure irrégulière en ce qu'elle porte sur des griefs, tirés du non-respect des normes HACCP et du manquement à l'obligation d'effectuer les tâches confiées, relatifs à des faits qui sont intervenus le 25 avril 2017 et qui sont prescrits ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que de nouveaux griefs ont été mentionnés par l'établissement hospitalier dans son mémoire en réplique moins de quinze jours avant la réunion du conseil de discipline et ont été repris par celui-ci lors de sa réunion, en méconnaissance des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la composition irrégulière du conseil de discipline, d'une part, en ce qu'elle comprenait deux agents titulaires d'un grade inférieur au sien en qualité de représentants du personnel et, d'autre part, en ce qu'il a été destinataire d'informations erronées sur la composition exacte de cette instance ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'autorité de poursuite s'est appuyée sur des pièces lors du conseil de discipline qui ne lui ont jamais été communiquées, en méconnaissance des articles 19 alinéa 3 de la loi du 13 juillet 1983 et 65 de la loi du 22 avril 1905 et des articles 1er, 2 et 6 du décret du 7 novembre 1989 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la réunion du conseil de discipline s'est tenue en présence d'un témoin qui a pu assister, à l'issue de son témoignage, à une partie de la séance.

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits, dès lors que les griefs reprochés à l'agent relèvent de l'insuffisance professionnelle et non de la faute disciplinaire ;

- elle est entachée d'erreurs de fait en ce qu'elle se fonde sur des griefs qui, pour certains, ne sont pas établis, pour d'autres sont isolés et dérisoires et pour d'autres sont réfutés par plusieurs témoins ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle est disproportionnée au regard de la gravité des fautes reprochées alors même que le requérant présente une excellente manière de servir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 février et 21 avril 2023, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet, représenté par son directeur en exercice, représenté par Me Eyrignoux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le décret n° 2003-655 du 18 juillet 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- et les observations de Me Eyrignoux, représentant l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, agent de maîtrise principal, a exercé les fonctions de chef cuisinier au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Mathurin Fouquet depuis le 5 août 1996. Aux termes de l'enquête administrative diligentée par l'établissement après avoir reçu des courriers et réclamations des résidents et de leurs familles, le rapport établi le 13 janvier 2020 a relevé des dysfonctionnements au sein du service de restauration dont le requérant est responsable. M. D a été convoqué à un entretien disciplinaire qui s'est tenu le 23 septembre 2020. Dans sa séance du 19 mai 2021, la commission paritaire n°7, siégeant en formation disciplinaire, a, à l'unanimité, proposé une exclusion temporaire de fonctions de deux ans à l'encontre M. D. Par une décision du 30 juin 2021, le directeur de l'EHPAD Mathurin Fouquet a prononcé une exclusion temporaire de fonctions sans traitement de deux ans à son encontre. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " Le directeur, président du directoire, conduit la politique générale de l'établissement. Il représente l'établissement dans tous les actes de la vie civile et agit en justice au nom de l'établissement ". Aux termes de l'article 82 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires applicables à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " L'autorité investie du pouvoir de nomination exerce le pouvoir disciplinaire après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline et dans les conditions prévues à l'article 19 du titre 1er du statut général ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise par M. B C, qui exerce la direction commune du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne et de l'EHPAD Mathurin Fouquet, et qui a été nommé directeur de l'EHPAD de Samois-sur-Seine à compter du 1er octobre 2018 par un arrêté du 15 octobre 2018 de la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et ce n'est pas contesté, que M. D a été informé, par un courrier reçu le 13 avril 2021, que le conseil de discipline, après un premier report, se réunirait le 19 mai 2021, soit bien plus de quinze jours avant la tenue de la séance. Si l'intéressé soutient que le " mémoire en réplique " de l'EHPAD du 3 mai 2021, qu'il a reçu le 12 mai suivant, comportait un grief nouveau et qu'ainsi, il ne pouvait être énoncé moins de quinze jours avant la séance, il ne ressort pas des termes de ce courrier adressé par le directeur de l'EHPAD au président du conseil de discipline, qu'il comportait des faits différents de ceux qui lui étaient reprochés et dont il avait été informé. Ce courrier n'a constitué, ainsi que le fait valoir l'EHPAD en défense, qu'un complément de saisine et a apporté des éléments complémentaires destinés à étayer les fautes reprochées à M. D pour éclairer le conseil de discipline. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu formuler, le 14 mai 2021, des observations à ce courrier soit avant la tenue de la séance. En outre, si la sanction disciplinaire peut être fondée sur des griefs autres que ceux contenus dans le rapport transmis par l'administration, le débat contradictoire devant le conseil de discipline doit avoir porté sur l'ensemble des griefs relevés à l'encontre de l'intéressé. En l'espèce, le débat contradictoire devant le conseil de discipline a porté sur l'ensemble des griefs retenus contre M. D, qui a pu s'en expliquer. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa version applicable à la décision attaquée : " Le conseil de discipline ne comprend en aucun cas des fonctionnaires d'un grade inférieur à celui du fonctionnaire déféré devant lui, à l'exception des fonctionnaires d'un grade hiérarchiquement équivalent au sens de l'article 20-1 de la présente loi. Il comprend au moins un fonctionnaire du grade de ce dernier ou d'un grade équivalent ". L'article 20-1 de la même loi dispose : " Les corps, grades et emplois de la même catégorie sont classés en groupes et répartis en sous-groupes à l'intérieur de ces groupes. Les corps, grades et emplois d'un même sous-groupe sont hiérarchiquement équivalents pour l'application de la présente section et de l'article 83 de la présente loi. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article ". Aux termes de l'article 2 du décret du 18 juillet 2003 relatif aux commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Les corps de fonctionnaires de catégories A, B et C relèvent de dix commissions administratives paritaires distinctes : / 1° Quatre commissions pour les corps de catégorie A ; / 2° Trois commissions pour les corps de catégorie B ; / 3° Trois commissions pour les corps de catégorie C. / Chacune de ces commissions est constituée d'un groupe unique, ce dernier étant lui-même constitué de sous-groupes rassemblant les corps, grades et emplois hiérarchiquement équivalents, conformément au tableau annexé ci-après. / () ". Le tableau annexé à cet article 2 précise que : " CORPS DE CATÉGORIE C / CAP n° 7 : personnels de la filière ouvrière et technique / Groupe unique / Sous-groupe 1 : agents de maîtrise principaux, agent de maîtrise, conducteurs ambulanciers principaux, dessinateurs principaux, ouvriers principaux de 1re classe, ouvriers principaux de 2e classe ".

7. D'une part, il est constant que M. D, titulaire du grade d'agent de maîtrise principal, relève, comme les deux représentants du personnel ayant siégé au conseil de discipline du 19 mai 2021, titulaires du grade d'ouvrier, du même sous-groupe. D'autre part, en se bornant à indiquer de manière générale qu'il a été destinataire " d'informations inexactes " en ce qu'il a été informé que le conseil de discipline comprendrait six représentants de l'administration et six représentants du personnel, alors que seuls trois représentants de l'administration et deux représentants du personnel ont siégés, M. D n'établit pas, en l'absence de précision utile, en quoi il aurait été privé d'une garantie. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que trois représentants de l'administration et trois représentants du personnel ont siégé au sein du conseil de discipline avec voix délibérative. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes du troisième alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, dans sa version applicable à la décision attaquée : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. / () ". L'article 1er du décret du 7 novembre 1989 dispose : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ".

9. En vertu de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même d'obtenir communication de son dossier. Lorsqu'une enquête administrative a été diligentée sur le comportement d'un agent public ou porte sur des faits qui, s'ils sont établis, sont susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire ou de justifier que soit prise une mesure en considération de la personne d'un tel agent, l'intéressé doit, en application de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, être mis à même d'obtenir communication du rapport établi à l'issue de cette enquête, ainsi que, lorsqu'ils existent, des procès-verbaux des auditions des personnes entendues sur le comportement de l'agent faisant l'objet de l'enquête, sauf si la communication de ces procès-verbaux serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoigné.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui a été effectivement informé de son droit à communication de l'intégralité de son dossier par un courrier du 21 juillet 2020, a consulté l'ensemble des pièces de son dossier le 11 septembre suivant, et a photocopié une partie de ces pièces. Il ne ressort pas des pièces versées au dossier que l'administration aurait fondé la sanction critiquée sur des pièces qui ne lui auraient pas été communiquées. A cet égard, d'une part, si M. D soutient que l'administration mentionne de façon insuffisamment précise des " notes de service " qu'il n'aurait pas respectées, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il lui ait été fait grief de ne pas s'être conformé à des notes de service mais d'avoir fourni de la nourriture à d'autres agents de l'EHPAD, ce qui ressort des pièces du dossier qui ont été communiquées au requérant. D'autre part, si M. D se prévaut de l'absence de communication d'un message qu'il a échangé avec un de ses collègues soupçonné d'avoir volé des bouteilles de lait, il est constant que ce SMS a été évoqué explicitement dans le rapport d'enquête administrative, lequel lui a été communiqué à sa demande lors de la consultation de son dossier administratif ainsi qu'à l'occasion de la transmission du rapport de saisine du conseil de discipline. En tout état de cause, le requérant a pu s'expliquer utilement sur ces faits devant la commission administrative paritaire réunie en formation disciplinaire sans méconnaissance des droits de la défense. Enfin, si M. D soutient que le témoignage collectif et anonyme ne lui a pas été communiqué, ce témoignage est visé parmi les documents analysés à l'occasion de l'enquête administrative, qui s'appuie sur celui-ci à de nombreuses reprises dans le compte-rendu qui en a été dressé. Par ailleurs, il est constant que le rapport de saisine du conseil de discipline, qui a été communiqué au requérant, mentionne dans ses annexes à la fois le rapport d'enquête administrative mais aussi les " témoignages " figurant en pièce n°4 dont l'intéressé a ainsi eu connaissance. S'il ajoute que le témoignage anonyme ne figurait pas dans son dossier individuel, les mentions figurant sur le procès-verbal de consultation de celui-ci ne permettent pas de l'attester mais uniquement de relever la liste des pièces photocopiées lors de la consultation et il n'établit, en outre, par aucune pièce versée au dossier en avoir sollicité la communication. Dans ces conditions, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, le troisième alinéa de l'article 6 du décret du 7 novembre 1989, dans sa version applicable à la décision attaquée, prévoit : " Le conseil de discipline entend séparément chaque témoin cité. / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, du procès-verbal du conseil de discipline du 19 mai 2024 que le témoin, cité à la demande de M. D, a été invité à entrer dans la salle pour témoigner, sans être invité à quitter la salle à la fin de son audition. Pour autant, il n'est pas établi qu'il aurait assisté au délibéré alors qu'il est bien mentionné sur le procès-verbal du conseil de discipline que l'ensemble des personnes présentes a dû quitter la salle, sur demande de la présidente de la séance, afin que les membres du conseil de discipline puissent délibérer en toute confidentialité. Ainsi, le moyen invoqué par M. D ne peut qu'être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " () Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. (). Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire ".

14. M. D soutient que les faits reprochés concernant le non-respect des règles d'hygiène, qui figurent dans le mémoire complémentaire transmis par l'EHPAD à la présidente du conseil de discipline, sont prescrits en ce qu'ils ont été constatés le 25 avril 2017, à l'occasion d'une inspection réalisée par la direction départementale de la protection des populations (DDPP). S'il ressort des pièces du dossier que la DDPP a effectivement adressé un avertissement le

10 mai 2017 en raison de manquements constatés aux bonnes pratiques d'hygiène dans l'entretien des locaux, des équipements de la cuisine et dans la réalisation des plats, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'EHPAD a sanctionné l'intéressé sur la base de cet avertissement, qu'il a seulement évoqué pour décrire la situation ainsi que les difficultés rencontrées en matière d'hygiène. Le directeur de l'EHPAD s'est, à cet égard, uniquement fondé sur la nouvelle inspection menée le 19 mars 2021, qui a donné lieu à une mise en demeure de la part du préfet de Seine-et-Marne du 29 mars 2021, pour reprocher à M. D le non-respect des normes HACPP et l'absence de mise en œuvre de mesures correctives. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

15. En septième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / () ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () ; / Troisième groupe : / La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / (). ". En outre, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen.

16. Pour prononcer la sanction d'exclusion temporaire de fonctions sans traitement pour une durée de deux ans à l'encontre de M. D, le directeur de l'EPHAD Mathurin Fouquet s'est fondé sur le fait qu'il a adopté un comportement non professionnel et inadapté caractérisé par le non-respect des horaires, un manquement au respect des normes HACPP, un manquement à l'obligation d'effectuer les tâches confiées et un manquement au devoir de probité.

17. D'une part, M. D soutient qu'il n'a commis aucun des faits qui lui sont reprochés.

18. S'agissant du grief tiré du non-respect des horaires, M. D soutient, sans autre précision, qu'il n'est pas établi. Il ressort toutefois de l'entretien disciplinaire préalable mené par l'administration qu'il est davantage reproché au requérant de ne pas s'être assuré du respect des horaires de travail par ses collaborateurs, même si le témoignage collectif anonyme relate également que l'intéressé et l'un de ses cuisiniers participent souvent aux " multiples pauses cigarettes ". S'agissant du grief tiré du non-respect des normes HACPP, si le requérant soutient que ce grief ne ressort d'aucun témoignage, cette allégation ne saurait prospérer dès lors que les services de la direction départementale de protection des populations ont constaté à nouveau en 2021, malgré un avertissement prononcé à l'issue d'une première inspection réalisée en 2017, des anomalies dans le fonctionnement de la cuisine de l'établissement et en particulier une maîtrise insuffisante de la propreté et du bon entretien des locaux et le non-respect des exigences en matière de contrôle à réception de la température applicable aux denrées alimentaires. En outre, il a été constaté, le 27 février 2021, à l'issue d'un prélèvement réalisé sur place, que des traces de salmonelle étaient présentes dans plusieurs aliments stockés dans les réfrigérateurs de la cuisine alors même que la nourriture est destinée à des personnes âgées fragiles. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le 9 février 2020, un des cuisiniers a utilisé une pompe, dédiée normalement aux éviers de la cuisine, pour les sanitaires d'un résident sans même la désinfecter à l'issue de son intervention. Or, malgré les nombreux rappels de sa hiérarchie réalisés à l'issue de l'inspection, M. D n'établit pas avoir mis en œuvre des mesures correctrices alors même qu'il lui incombe, en tant que chef de la cuisine, de s'assurer du respect des normes d'hygiène par l'ensemble de ses collaborateurs. S'agissant du grief tiré du manquement à l'obligation d'effectuer les tâches confiées, M. D conteste le fait qu'il ait passé sous silence des vols commis par un de ses cuisiniers alors même qu'il a demandé à son collègue, qui a découvert la disparition d'une partie du stock de lait et d'eau, de le signaler à leur hiérarchie. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'EHPAD en défense, il lui incombe, en tant que responsable des cuisines, de signaler les manquements qu'il a constatés. S'agissant du grief tiré du manquement à son devoir de probité, M. D soutient qu'aucun témoignage n'atteste du fait qu'il ait fourni de la nourriture aux autres agents de l'EHPAD et produit à l'appui de son argumentation un témoignage en sa faveur. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier, ce qui n'est pas contesté, que les vols commis par un autre employé de cuisine ont bien été constatés. En outre, le témoignage collectif anonyme rapporte que le personnel vient se servir dans les cuisines même pendant la production du repas, que " leur responsable cautionn[e] tout cela " et que cela se passe " en présence du responsable de cuisine et de son second, leurs préparant même parfois un casse-croûte au jambon, ou fromage, pommes, yaourts et ce quotidiennement. Il en est de même au retour de la collation vers 16h15 ". Le manquement au devoir de probité est ainsi bien caractérisé alors qu'il appartenait à M. D, en tant que responsable hiérarchique, de s'assurer que de telles pratiques n'avaient pas lieu dans les cuisines. Il s'ensuit que les faits sur lesquels s'est fondé le directeur de l'EHPAD Mathurin Fouquet pour sanctionner disciplinairement le requérant ne sont pas entachés d'inexactitude matérielle. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.

19. D'autre part, M. D soutient que les griefs qui lui sont reprochés ne sont pas de nature à justifier une sanction disciplinaire mais ressortissent à de l'insuffisance professionnelle en ce qu'ils révèlent les difficultés managériales qu'il a rencontrées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des griefs mentionnés au point précédent que les faits reprochés, et en particulier les manquements répétés et graves aux règles élémentaires d'hygiène dans les cuisines d'un établissement accueillant des personnes âgées dépendantes, constituent des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire, alors même que certains faits pouvaient, le cas échéant, également relever de l'insuffisance professionnelle.

20. Enfin, M. D soutient, en toute hypothèse, que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans est disproportionnée et est entachée d'erreur d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la fiche de poste que l'intéressé a produite, qu'en sa qualité de responsable du service cuisine, il a pour fonction de diriger, coordonner et contrôler la réalisation de l'ensemble des activités dans le domaine de la restauration, notamment en termes de qualité et d'hygiène, et en gérant directement une équipe. Au regard de l'expérience de M. D, en poste depuis 1996, de ses fonctions de responsable, de la gravité des fautes commises et des répercussions de tels agissements sur le fonctionnement du service, sur la sécurité et la qualité de prise en charge des résidents, la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans, sanction du troisième groupe, ne revêt pas un caractère disproportionné. A cet égard, la circonstance qu'il n'ait pas fait l'objet d'une mesure de suspension, qui n'est qu'une faculté et non un préalable obligatoire au prononcé d'une sanction disciplinaire, est sans incidence. Il en va de même de la circonstance qu'il s'est particulièrement investi dans ses fonctions alors que les tâches qu'il a accomplies l'ont été à chaque fois sur sollicitation de sa hiérarchie. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de ses évaluations, que dès 2012, il a fait l'objet de remarques sur ses qualités managériales et ses capacités d'encadrement. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EHPAD Mathurin Fouquet la somme que M. D demande sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D, qui a la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet une somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Mathurin Fouquet.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2106491

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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