Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107149

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107149
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 196,41 euros mis à sa charge.

Il soutient qu'il habite en colocation et qu'il n'entretient aucune relation maritale avec sa colocataire ; qu'ils déclarent chacun individuellement leurs impôts, qu'ils paient à parts égales le loyer et les dépenses propres liées au foyer.

La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense en dépit d'une mise en demeure adressée le 19 juillet 2022.

Des pièces, enregistrées le 17 janvier 2024, ont été produites par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de

Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, ce dernier étant la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

4. En l'espèce, il résulte des termes de la décision attaquée que, pour fonder l'indu de revenu de solidarité active, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance que M. B partageait une adresse commune avec Mme C depuis 2015, qu'il partageait le loyer et les charges de leur logement actuel composé d'une seule chambre. Le président du conseil départemental se réfère en outre aux conclusions du contrôle effectué par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales. Il ressort du rapport d'enquête versé à l'instruction qu'après un entretien avec le requérant, et un examen de diverses pièces, qui ont eu lieu au domicile de M. B le 5 novembre 2018, l'agent assermenté a notamment constaté que : " Le loyer est payé par chèque bancaire du compte de Mme C ", que la " Facture de fournisseur d'énergie - EDF " est " au nom de Mme ", en se référant à l'" attestation du 17/10/18 ", que le " Contrat assurance habitation " est " souscrit par Mme auprès du LCL ", en se référant à une " attestation du 06/04/18 ", et que " Le logement occupé dans le 77 est un F2 ". Après avoir entendu les observations du requérant qui a notamment déclaré " être en colocation avec Mme C D depuis le 10/11/15, à diverses adresses et dormir sur le canapé dans le salon " et " ne pas être en couple avec Mme C car ils ont essayé par le passé mais cela n'a pas fonctionné donc il préfère rester amis ", le contrôleur a conclu en ces termes : " En l'état, compte tenu que les intéressés se suivent depuis octobre 2015 à différentes adresses, qu'ils partagent le loyer et les charges afférentes au logement et qu'il s'agit d'un F2 (1 chambre), je considère qu'ils vivent maritalement depuis le 02/02/18, date d'emménagement dans notre département. / Ne connaissant pas la configuration des logements précédents, je ne peux statuer sur la situation familiale antérieurement à février 2018 et leur laisse le bénéfice du doute ".

5. Pour contester ces éléments, M. B se limite à faire état de la surface de leur appartement, de 61 m2, à relever qu'ils déclarent chacun individuellement leurs impôts, qu'ils paient à parts égales le loyer et les dépenses propres liées au foyer, et à produire, pour toute pièce justificative, l'attestation de son bailleur transmise à la caisse indiquant que le logement est loué comme une colocation.

6. Il résulte ainsi de l'ensemble des éléments versés à l'instruction qu'une vie de couple stable et continue entre le requérant et Mme C doit être regardée comme établie. C'est dès lors à bon droit que le président du conseil départemental a caractérisé une situation de concubinage.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,