Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108194
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | EARTH AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021 et un mémoire du 8 septembre 2021 qui " annule et remplace " le contenu de la requête, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de la commune de Saint-Maurice a rejeté sa demande d'élection de domicile auprès du CCAS ;
2°) d'enjoindre au président du centre communal d'action sociale de la commune de Saint-Maurice de lui délivrer une attestation d'élection de domicile auprès du CCAS dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le centre communal d'action sociale de la commune de Saint-Maurice à l'indemniser du préjudice subi.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le centre communal d'action sociale ne lui a pas proposé une orientation auprès d'un organisme en mesure d'assurer sa domiciliation ;
- elle est entachée d'un deuxième vice de procédure dès lors que les démarches d'instruction de la demande, à savoir notamment l'entretien prévu par les dispositions législatives et la délivrance d'un récépissé de dépôt, n'ont pas été respectées ;
- l'autorité administrative a répondu par simple courriel sans valeur juridique au lieu d'une décision administrative bien fondée ;
- sa demande de domiciliation est bien fondée ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le centre communal d'action sociale de Saint-Maurice, représenté par la Selarl Earth Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires présentées par M. B ne sont pas chiffrées ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une lettre du 20 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article
R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 mai 2023 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le
27 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;
- les observations de Me Spitz, pour le centre communal d'action sociale de la commune de Saint-Maurice.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a saisi, le 30 mai 2021, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Saint-Maurice d'une demande de domiciliation compte tenu de ses liens avec la commune. Cette demande a été rejetée par une décision du 29 juillet 2021 dont M. B demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 264-1 du code de l'action sociale et des familles : " Pour prétendre au service des prestations sociales légales, réglementaires et conventionnelles, à l'exercice des droits civils qui leur sont reconnus par la loi, ainsi qu'à la délivrance d'un titre national d'identité, à l'inscription sur les listes électorales ou à l'aide juridictionnelle, les personnes sans domicile stable doivent élire domicile soit auprès d'un centre communal ou intercommunal d'action sociale, soit auprès d'un organisme agréé à cet effet. () ". Aux termes de l'article L. 264-2 du code de l'action sociale et de la famille : " L'élection de domicile est accordée pour une durée limitée. Elle est renouvelable de droit et ne peut prendre fin que dans les conditions mentionnées à l'article L. 264-5. / Les centres communaux ou intercommunaux d'action sociale ainsi que les organismes agréés remettent aux intéressés une attestation d'élection de domicile mentionnant la date d'expiration de celle-ci () ". Aux termes de l'article L. 264-5 du code de l'action sociale et de la famille : " L'organisme qui assure la domiciliation y met fin lorsque l'intéressé le demande, lorsqu'il acquiert un domicile stable ou lorsqu'il ne se manifeste plus ". Enfin, aux termes de l'article D. 264-1 du même code : " L'élection du domicile mentionnée à l'article L. 264-2 est accordée pour une durée d'un an ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 264-4 du code de l'action sociale et de la famille : " Lorsque les centres communaux ou intercommunaux d'action sociale refusent l'élection de domicile des personnes sans domicile stable qui en font la demande, parce qu'elles ne présentent aucun lien avec la commune ou le groupement de communes, ils doivent motiver leur décision ". Aux termes de l'article R. 264-4 du même code : " Sont considérées comme ayant un lien avec la commune ou le groupement de communes au sens de l'article L. 264-4 les personnes qui sont installées sur son territoire. / Les personnes qui ne remplissent pas cette condition et qui ne sont pas installées sur le territoire d'une autre commune sont également considérées comme ayant un lien avec la commune ou le groupement de communes, au sens de l'article L. 264-4, dès lors qu'elles y exercent une activité professionnelle, y bénéficient d'actions d'insertion ou exercent l'autorité parentale sur un enfant qui y est scolarisé ".
4. La décision attaquée oppose un refus de domiciliation à M. B au motif tiré de ce qu'il n'est pas sans domicile stable dès lors qu'il est locataire d'un logement situé au 7B rue du Maréchal Leclerc à Saint-Maurice et que le contrat de location porte son nom.
5. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que, par avenant au bail d'habitation signé le 1er octobre 2021, M. B, qualifié de co-titulaire sortant, a été retiré de ce bail et qu'une procédure de divorce par consentement mutuel a été entamée avec son épouse dans le cours du mois d'octobre 2021. Par ailleurs, l'intéressé soutient sans être matériellement contredit qu'il a quitté le domicile conjugal et qu'il n'a pas d'autre domicile stable. Ainsi, il doit être regardé comme étant dépourvu de domicile stable.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction, et n'est pas sérieusement contesté par le CCAS, que M. B a un lien avec la commune de Saint-Maurice, résidant habituellement sur le territoire de cette commune depuis le mois d'août 2014.
7. Il s'ensuit que la décision refusant l'élection de domicile à M. B méconnaît les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles.
8. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de la commune de Saint-Maurice a rejeté sa demande d'élection de domicile et d'enjoindre au CCAS de Saint-Maurice de délivrer à M. B une attestation d'élection de domicile dans un délai de trois semaines à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa version applicable à la date du recours : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".
10. Il résulte des dispositions de l'article R. 421-1 précité qu'en l'absence de demande indemnitaire préalable formée devant l'administration par le requérant, des conclusions tendant au versement d'une somme d'argent sont irrecevables.
11. En l'espèce, M. B demande au tribunal de condamner le CCAS de la commune de Saint-Maurice à l'indemniser du préjudice subi. Toutefois, en dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée le 7 septembre 2021, il n'établit pas avoir adressé au CCAS une demande indemnitaire préalable de nature à faire naître une décision expresse ou implicite susceptible d'être déférée au tribunal. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par M. B, au demeurant non chiffrées, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 juillet 2021 du centre communal d'action sociale de Saint-Maurice est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au centre communal d'action sociale de Saint-Maurice de délivrer à M. B une attestation d'élection de domicile dans un délai de trois semaines à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre communal d'action sociale de Saint-Maurice.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
A. Avirvarei
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,