Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111013

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111013
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre, JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2021, la société civile immobilière (SCI) EKZR, représentée par M. A, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2020, à raison d'un local commercial dont elle est propriétaire à Montereau-Fault-Yonne ;

2°) de lui accorder un nouvel échéancier de paiement.

Elle soutient que :

- s'agissant des années 2013 à 2016, le local commercial en cause était situé en zone franche urbaine ;

- s'agissant des années 2016 à 2020, le local commercial en cause était inexploité du fait de la liquidation judiciaire de l'entreprise EKZ ;

- elle est dans l'incapacité financière de procéder au règlement des impositions litigieuses.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable s'agissant des années 2013 à 2019 dès lors que la réclamation préalable a été présentée tardivement ;

- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné Mme Jean, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI EKZR a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2013 à 2020, à raison d'un local commercial dont elle est propriétaire à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne). Par une réclamation du 9 avril 2021, elle a sollicité un dégrèvement des taxes foncières de 2013 à 2020 afférentes à ce local. Sa demande ayant été rejetée par une décision du 6 octobre 2021, la SCI EKZR doit être regardée comme demandant au tribunal, par la présente requête, de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ".

4. Il résulte de l'instruction que les cotisations à la taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles la SCI EKZR a été assujettie au titre des années 2013 à 2019 ont respectivement été mises en recouvrement le 31 août de chacune de ces années. Il s'ensuit que la réclamation formée par la SCI EKZR le 9 avril 2021, tendant au dégrèvement de l'ensemble de ces cotisations, était tardive au regard des dispositions précitées du livre des procédures fiscales. Par suite, les conclusions tendant à la décharge de ces cotisations sont irrecevables au titre des années 2013 à 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 1415 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes de l'article 1389 du même code : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée () ".

4. Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Le respect de cette condition exige, en principe, que le contribuable exploite lui-même l'établissement avant l'interruption de l'exploitation.

5. En l'espèce, il est constant que les locaux à raison desquels elle a été imposée à la taxe foncière au titre de l'année 2020 n'étaient pas exploités par la société requérante, mais par la société à responsabilité limite EKZ. Par conséquent, la société requérante ne peut prétendre au bénéfice du dégrèvement pour inexploitation de locaux commerciaux prévu à l'article 1389 du code général des impôts.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence ; / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives ; / 2° bis Des remises totales ou partielles des frais de poursuites mentionnés à l'article 1912 du code général des impôts et des intérêts moratoires prévus à l'article L. 209 du présent livre () ".

7. A supposer que la société requérante, qui fait état de difficultés financières, ait entendu solliciter une remise gracieuse des impositions litigieuses, il n'appartient pas au juge de l'impôt, saisi d'une demande tenant à la décharge d'une imposition, d'en prononcer la remise gracieuse.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI EKZR n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.

Sur les conclusions à fin d'octroi d'un échéancier de paiement :

9. Il n'appartient qu'au seul comptable public, responsable personnellement et pécuniairement du recouvrement des créances qu'il prend en charge, d'accorder des délais de paiement. Dans ces conditions, les conclusions tendant à obtenir du tribunal des délais de paiement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI EKZR est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière EKZR et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé : A. Jean Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,