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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111317

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111317

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBELAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2021, M. C, représenté par Me Belaidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 20 novembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un nouveau certificat de résidence comportant sa nouvelle adresse ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un nouveau certificat de résidence sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît l'article 4 de la convention franco-algérienne.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 30 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juillet 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Rehman-Fawcett, conseiller-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, dispose d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 3 juin 2024. Le 13 janvier 2020, M. B a sollicité de la préfecture du Val-de-Marne la délivrance d'un certificat de résidence modifié avec sa nouvelle adresse. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet est née. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : () / 4° A compter du 13 septembre 2021, () les demandes de changement d'adresse () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. () ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout étranger titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an est tenu, lorsqu'il change de résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration auprès de l'autorité administrative dans un délai de trois mois. A la suite de cette déclaration, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité administrative de délivrer à l'intéressé un titre de séjour mentionnant la nouvelle adresse. En l'absence de délivrance d'une nouvelle carte de séjour, il reviendra seulement à l'intéressé de justifier par tout moyen avoir procédé à la déclaration de son adresse actuelle ou, s'il le souhaite, de solliciter la délivrance d'un duplicata de carte de séjour après avoir acquitté le droit de timbre prévu à l'article L. 436-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que si le requérant, qui n'établit ni même n'allègue avoir sollicité, à l'appui de sa déclaration, la délivrance d'un duplicata de titre de séjour et avoir acquitté le droit de timbre prévu à l'article L. 436-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entend contester la décision de la préfète du Val-de-Marne refusant de lui délivrer, après qu'il eût procédé à la déclaration de sa nouvelle adresse, un nouveau titre de séjour portant la mention de cette adresse, ce refus n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration concernant les décisions devant être motivées ou de toute autre disposition. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le texte invoqué, relatif à la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur, ne présente aucun lien avec la décision attaquée. Par suite, ce moyen sera écarté.

6. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille : " Les membres de famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : / 1 - un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; / 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. / () Lorsqu'un ressortissant algérien dont la situation matrimoniale n'est pas conforme à la législation française réside sur le territoire français avec un premier conjoint, le bénéfice du regroupement familial ne peut être accordé, par les autorités françaises, à un autre conjoint. ".

8. M. B soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa vie privée et familiale. Toutefois cette décision n'a pas pour effet de le séparer des membres de sa famille. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande du 13 janvier 2021.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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