Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200616
mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200616 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre, JU |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, M. B et Mme A C, et conclut à ce que le tribunal :
1°) constate que les faits établis par procès-verbal constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite les époux C au paiement d'une amende de 12000 euros ;
2°) enjoigne aux époux C de procéder à la destruction des installations litigieuses qui sont, d'une part, une clôture sur la zone grevée de la servitude de marchepied et, d'autre part, un ponton, une occupation de berge et un escalier sur l'emprise du domaine public fluvial, et à la parfaite remise en état des lieux à leurs frais et risques, de manière à ce que l'entrave à la servitude de marchepied et l'occupation du domaine public fluvial prennent fin et ce, dans un délai de 15 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, autorise l'établissement public Voies navigables de France, à procéder d'office à la destruction des installations litigieuses et à la remise en état des lieux aux frais et risques des contrevenants ;
4°) condamne les époux C au paiement de la somme de 250 euros correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification, à la charge de l'établissement public Voies navigables de France, du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France soutient que :
- les époux C entravent la servitude de marchepied au droit de leur propriété située 29, chemin des Près à Thomery par l'implantation d'une clôture et occupent le domaine public fluvial sans droit ni titre au point kilométrique 85,185, rive gauche de la Seine, par la présence d'un ponton en béton de 11 mètres carrés, d'une occupation de berge de 68 mètres carrés et d'un escalier ;
- cette situation a fait l'objet d'un procès-verbal de contravention de grande voirie du
4 novembre 2021 ainsi que d'une notification aux prévenus le 6 janvier 2022 ;
- cette entrave à la servitude de marchepied grevée à leur propriété et cette occupation du domaine public fluvial sont constitutives d'une contravention de grande voirie sur le fondement des articles L. 2132-5 et L. 2132-26 du code général des personnes publiques.
Par un mémoire enregistré le 19 avril 2022, M. B et Mme A C déclarent avoir retiré la clôture litigieuse constituant l'entrave à la servitude de marchepied.
Par un mémoire enregistré le 2 juin 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France déclare se désister de l'instance s'agissant de l'action domaniale mais maintenir sa demande s'agissant de l'action publique, ramenée à 1 500 euros, et des frais de l'instance.
Par une ordonnance du 17 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
18 avril 2023 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté par M. B et Mme A C a été enregistré le
17 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 4 novembre 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des transports ;
- l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Dumas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dumas, président-rapporteur ;
- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un procès-verbal de contravention de grande voirie établi le 4 novembre 2021, un agent assermenté de l'établissement public Voies navigables de France a constaté qu'une clôture érigée sur la propriété de M. B et Mme A C entravait la servitude de marchepied au droit de leur propriété sise 29 chemin des Près à Thomery. Ce même procès-verbal a constaté en outre que les prévenus occupaient sans droit ni titre le domaine public fluvial par l'implantation d'un ponton en béton de 11 mètres carrés, d'une occupation de berge de 68 mètres carrés et d'un escalier au point kilométrique 85,185, rive gauche de la Seine. Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner les époux C au paiement d'une amende de 1 500 euros.
Sur la contravention de grande voirie :
En ce qui concerne l'action publique :
Quant à la servitude de marchepied:
2. Aux termes de l'article L. 2131-2 du code général de la propriété de personnes publiques : " Les propriétaires riverains d'un cours d'eau ou d'un lac domanial ne peuvent planter d'arbres ni se clore par haies ou autrement qu'à une distance de 3,25 mètres. Leurs propriétés sont grevées sur chaque rive de cette dernière servitude de 3,25 mètres, dite servitude de marchepied. / Tout propriétaire, locataire, fermier ou titulaire d'un droit réel, riverain d'un cours d'eau ou d'un lac domanial est tenu de laisser les terrains grevés de cette servitude de marchepied à l'usage du gestionnaire de ce cours d'eau ou de ce lac, des pêcheurs et des piétons. () ". Aux termes de l'article L. 2132-16 du même code : " En cas de manquements aux dispositions de l'article L. 2131-2, les contrevenants sont tenus de remettre les lieux en état ou, à défaut, de payer les frais de la remise en état d'office à la personne publique propriétaire. / Le contrevenant est également passible de l'amende prévue à l'article L. 2132-26. " ; Aux termes de l'article L. 2132-26 du même code : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. / Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. / Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. " et aux termes de de l'article 131-13 du code pénal : " Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit. ". Il résulte de ces dispositions que le marchepied doit être praticable sans danger ni difficulté et que tout obstacle ou construction dans la servitude de marchepied est constitutif d'une contravention de grande voirie, que l'administration a obligation de poursuivre.
3. Il appartient au juge administratif de fixer le montant de l'amende mise à la charge du contrevenant compte tenu des circonstances de l'affaire et dans la limite des montants fixés par les textes, aucune disposition législative ou réglementaire applicable aux contraventions de grande voirie ne lui permettant cependant de décider qu'il n'y a pas lieu de prononcer cette amende.
4. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 4 novembre 2021, à l'encontre des époux C pour avoir entravé la servitude de marchepied dont est grevée leur propriété par l'installation d'une clôture. Ce procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, établit ces faits. S'il est constant que la clôture entravant l'accès à la servitude de marchepied en cause a été retirée, il n'est pas contesté par les prévenus que cette clôture entravait la servitude de marchepied au sens des dispositions précitées de l'article L. 2131-2 du code général de la propriété des personnes publiques. Par suite, la contravention prévue et réprimée par les dispositions des articles L. 2132-16 et L. 2132-26 du même code est caractérisée. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et quand bien même la clôture aurait été retirée de leur propriété, il y a lieu de condamner les époux C à une amende de 200 euros.
Quant à l'occupation du domaine public fluvial:
5. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ", aux termes de l'article L. 2132-9 du même code : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 2132-5 de ce code : " Tout travail exécuté ou toute prise d'eau pratiquée sur le domaine public fluvial sans l'autorisation du propriétaire du domaine mentionnée à l'article L. 2124-8 est puni d'une amende de 150 à 12 000 euros. / Le tribunal fixe, s'il y a lieu, les mesures à prendre pour faire cesser l'infraction ou en éviter la récidive et le délai dans lequel ces mesures devront être exécutées, ainsi qu'une astreinte dans les formes définies à l'article L. 437-20 du code de l'environnement ". Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 4 novembre 2021, à l'encontre des époux C pour avoir occupé le domaine public fluvial, sans droit ni titre, par la construction d'un ponton en béton, d'une occupation de berge et d'un escalier. Ce procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, établit ces faits. Il n'est pas contesté par les prévenus que les ouvrages décrits au procès-verbal, ont été installés et construits sans autorisation, en contrariété avec les dispositions des articles L. 2132-2 et 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner les époux C à une amende de 200 euros.
En ce qui concerne l'action domaniale :
7. Par son mémoire enregistré le 2 juin 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France a déclaré se désister de ses conclusions présentées au titre de l'action domaniale. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et
D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du
2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du
1er juillet 2022.
10. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que les époux C ont commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 4 novembre 2021, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge des époux C la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des époux C la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions présentées par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France au titre de l'action domaniale.
Article 2 : Les époux C sont condamnés à payer une amende de 200 euros au titre de l'entrave à la servitude de marchepied.
Article 3 : Les époux C sont condamnés à payer une amende de 200 euros au titre de l'occupation du domaine public fluvial.
Article 4 : Les époux C verseront à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France pour notification à M. B C et Mme A C dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
Le magistrat désigné,
M. DUMAS
La greffière,
C. BOURGAULT La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2200616
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