Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200807

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200807
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre, JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. B A, et conclut à ce que le tribunal :

1°) condamne M. A au paiement d'une amende de 12 000 euros en application des dispositions de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;

2°) enjoigne à M. A de libérer le domaine public fluvial, à ses frais et risques, en diligentant toutes les mesures nécessaires à la destruction ou à la désinstallation des ouvrages privatifs implantés sur le domaine public fluvial et en procédant à la parfaite remise en état des lieux, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à défaut d'exécution totale ou partielle du jugement à intervenir, autorise l'établissement public Voies navigables de France à procéder à la destruction ou à la désinstallation des installations litigieuses et à la remise en état des lieux, aux frais et risques du contrevenant ;

4°) condamne M. A au paiement de la somme de 250 euros correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification, à la charge de l'établissement public Voies navigables de France, du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France soutient que :

- M. A a installé sans autorisation un ponton flottant, une passerelle, une plateforme en surplomb sur pieux métalliques et une défense de berge sur le domaine public fluvial ;

- la présence de ces installations est constitutive de la contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par des mémoires enregistrés le 12 avril 2022, le 13 avril 2022, le 27 mai 2022 et le

9 décembre 2022, M. B A doit être regardé comme concluant à ce que le tribunal le relaxe des poursuites diligentées à son encontre au titre de l'action publique.

Il soutient que :

- les ouvrages litigieux ont été régularisés, ceux-ci faisant désormais l'objet d'une convention d'occupation temporaire du domaine public fluvial ;

- les poursuites engagées sur le fondement de l'action publique sont devenues sans objet du fait de cette même régularisation ;

- l'établissement public Voies navigables de France a refusé de ratifier une précédente convention d'occupation du domaine public car celle-ci avait été envoyée signée par M. A en dehors des délais en 2021 ; cette convention a été envoyée en retard en raison de perturbations liées à la crise sanitaire ;

- il a été facturé par Voies navigables de France pour l'occupation du domaine public fluvial nonobstant le défaut de convention d'occupation domaniale, ce qu'il estimait comme équivalant, à tort, à une régularisation des installations litigieuses.

Par des mémoires enregistrés les 25 mai 2022 et 8 décembre 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France déclare se désister de l'instance s'agissant de l'action domaniale et maintient sa demande relative à l'action publique, ramenée à 1 000 euros, et ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

Il soutient qu'il y a toujours lieu de statuer sur l'action publique dans la mesure où, à la date du procès-verbal de contravention de grande voirie, M. A était en infraction au regard des dispositions de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques, sans que la régularisation intervenue le 20 avril 2022 puisse y faire obstacle.

Par ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

9 janvier 2023 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 3 aout 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de procédure pénale ;

- l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Dumas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L.774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas, président-rapporteur ;

- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un procès-verbal de contravention de grande voirie établi le 3 aout 2021, un agent assermenté de l'établissement public Voies navigables de France a constaté que M. A occupait, sans droit ni titre, le domaine public fluvial par l'installation d'un ponton flottant de 18,97 m2, d'une passerelle de 1,22 m2, d'une plateforme en surplomb sur pieux métalliques de 11,87 m2 et d'une défense de berge de 16,60 m2, depuis le 2 juillet 2020, sur le territoire de la commune de Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) sur la rive gauche de la Marne au point kilométrique 178,700. Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner M. A au paiement d'une amende de 1 000 euros.

Sur la contravention de grande voirie :

En ce qui concerne l'action publique :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.

3. D'autre part, il appartient au juge administratif de fixer le montant de l'amende mise à la charge du contrevenant compte tenu des circonstances de l'affaire et dans la limite des montants fixés par les textes, aucune disposition législative ou réglementaire applicable aux contraventions de grande voirie ne lui permettant cependant de décider qu'il n'y a pas lieu de prononcer cette amende.

4. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 3 aout 2021, à l'encontre de M. A pour avoir installé, sur la rive gauche de la Marne au point kilométrique 178,700, sur le territoire de la commune de Chennevières-sur-Marne, un ponton flottant de

18,97 m2, une passerelle de 1,22 m2, une plateforme en surplomb sur pieux métalliques de

11,87 m2 et une défense de berge de 16,60 m2. Ce procès-verbal fait foi jusqu'à preuve du contraire.

5. En premier lieu, M. A fait valoir que les installations litigieuses ont été régularisées par la signature d'une convention d'occupation temporaire le 20 avril 2022. Toutefois, il est constant que l'intéressé a occupé sans droit ni titre le domaine public entre le 2 juillet 2020, date à laquelle l'occupation du domaine public fluvial a débuté, et le 20 avril 2022, date à laquelle l'occupation du domaine public fluvial par M. A a été régularisée. Les poursuites engagées au titre de l'action publique ne sont, dès lors, pas dépourvues d'objet.

6. En deuxième lieu, M. A indique qu'il a signé et renvoyé à l'établissement public Voies navigables de France une proposition de convention d'occupation temporaire du domaine public fluvial en 2021 mais que cette convention n'a pas été contresignée par le représentant de cet établissement en raison de la tardiveté de son envoi. L'intéressé justifie cette tardiveté par les effets de la crise sanitaire. Toutefois, ces circonstances, à supposer même qu'elles soient avérées, sont sans incidence sur le constat porté par l'agent verbalisateur le 3 aout 2021 d'une occupation irrégulière du domaine public fluvial. Il en va de même en ce qui concerne le titre exécutoire n°2022-21-0003341 émis par Voies navigables de France au titre des indemnités dues par

M. A pour l'occupation du domaine public fluvial pour l'année 2021, qui ne vaut pas régularisation rétroactive des installations litigieuses.

7. En troisième lieu, il est établi par le procès-verbal du 3 aout 2021 et n'est pas sérieusement contesté par le prévenu que, par l'installation d'un ponton flottant, d'une passerelle, d'une plateforme en surplomb et d'une défense de berge, M. A a occupé irrégulièrement le domaine public fluvial. Cette occupation caractérise un empêchement du domaine public au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et, par suite, constitue la contravention prévue et réprimée par ces dispositions.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner M. A à une amende de 500 euros.

En ce qui concerne l'action domaniale :

9. Par son mémoire enregistré le 25 mai 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France a déclaré se désister de ses conclusions présentées au titre de l'action domaniale. Ce désistement est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et

D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du

2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du

1er juillet 2022.

12. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que M. A a commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 3 aout 2021, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions présentées par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France au titre de l'action domaniale.

Article 2 : M. A est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 3 : M. A versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera adressé au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France pour notification à M. B A dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le magistrat désigné,

M. DUMAS

La greffière,

C. BOURGAULT La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200807