Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203045
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2203045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2022, M. B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé ainsi qu'un certificat de résidence.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué comporte une erreur quant à la date à laquelle un récépissé lui a été délivré ;
- l'arrêté relève à tort qu'il est hébergé par une compatriote alors que la personne concernée est de nationalité française ;
- si l'arrêté relève qu'il ne justifie pas d'un visa de long séjour, il s'est vu délivrer un visa de circulation valable cinq ans et un récépissé et justifie de capacités financières ; cette condition de visa n'est pas exigée le concernant puisqu'il est entré en France le 19 août 2018 par l'Espagne ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle et familiale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Timothée Gallaud, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 18 février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
2. Le titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoit que : " les ressortissants algériens, qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Le deuxième alinéa de l'article 9 dudit accord prévoit que pour être admis à séjourner au titre du III du protocole évoqué ci-dessus, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises.
3. En premier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. A était titulaire, à la date de la décision de refus de séjour en litige, d'un visa de circulation à entrées multiples, un tel visa, qui mentionne lui-même qu'il a pour objet d'autoriser un " court séjour ", ne constitue pas un visa de long séjour au sens des stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1969. Par ailleurs, la délivrance d'un récépissé à l'intéressé au cours de l'instruction de sa demande de certificat de résidence, n'a ni pour objet ni pour effet de le dispenser de justifier d'un visa de long séjour, condition prévue pour l'obtention de ce certificat de résidence. Enfin, la circonstance qu'il serait entré en France par l'Espagne, à la supposer avérée, n'est pas davantage de nature à le dispenser de produire un visa de long séjour délivré par les autorités françaises.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est prévalu, à l'appui de sa demande, de l'inscription à une formation professionnelle en vue de l'obtention d'un certificat de médiateur professionnel. Contrairement à ce que soutient M. A, la préfète ne s'est pas méprise sur la consistance de cette formation, qui devait se dérouler sur une durée totale de 14 jours entre les mois de février et octobre 2022. En toute hypothèse, l'inscription à une telle formation, dispensée non par un établissement d'enseignement mais par un organisme de formation professionnelle, ne saurait être regardée comme entrant dans le champ du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont la préfète n'a ainsi pas fait une inexacte application.
5. En troisième lieu, compte tenu des motifs pour lesquels M. A s'est vu opposer à bon droit une décision de refus de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", les circonstances qu'il dispose d'attaches privées et familiales en France et que les membres de sa famille sont établis en Espagne ou au Canada ne suffisent pas à établir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation.
6. En quatrième lieu, si l'arrêté fait mention de ce qu'un récépissé a été remis au requérant le 30 novembre 2021 alors que, à cette date, le document qui lui a été remis est une simple attestation de dépôt ne l'autorisant pas à travailler et s'il relève que la personne qui déclare héberger le requérant est une compatriote alors qu'elle est de nationalité française, il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision de refus si elle n'avait pas commis ces erreurs.
7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse de Mme A et ses trois enfants vivent en Espagne, que ses parents ainsi que certains membres de sa fratrie vivent au Canada et que deux de ses sœurs ont la nationalité française. M. A n'établit pas qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine ni qu'il serait dans l'impossibilité de solliciter une autorisation en vue de rejoindre son épouse et ses enfants en Espagne. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
10. M. A ne démontre pas qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations qui viennent d'être citées doit être écarté.
11. En septième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
F. BouchetLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,