Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203055
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2203055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, Mme B D épouse A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande tendant au bénéfice du regroupement familial qu'elle a présentée pour son époux ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de faire droit à sa demande, ou, à titre subsidiaire, de délivrer un titre de séjour à son époux et de réexaminer cette demande.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation en se bornant à relever que l'intéressé réside déjà en France ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Une mise en demeure a été adressée à la préfète du Val-de-Marne le 11 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Timothée Gallaud, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse A, ressortissante algérienne, a demandé le bénéfice du regroupement familial pour son époux, M. C A ; elle demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande.
2. Si les stipulations de l'article 4 de l'accord-franco algérien prévoient que peut être exclu du regroupement familial demandé par un ressortissant algérien un membre de la famille séjournant irrégulièrement sur le territoire français, l'autorité administrative n'est pas tenue de rejeter pour ce seul motif une telle demande. Par suite, Mme D épouse A est fondée à soutenir que la décision en litige, qui repose sur un motif tiré de ce que l'époux de cette dernière n'est pas éligible au regroupement familial du seul fait qu'il réside en France en situation irrégulière est entachée d'une erreur de droit. Il suit de là que la requérante est fondée à demander l'annulation de cette décision, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
3. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif sur lequel elle repose, que la préfète fasse droit à la demande présentée par la requérante ni qu'elle délivre à son époux un titre de séjour. En revanche, cette annulation implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne procède au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par Mme D épouse A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à quatre mois le délai dans lequel ce réexamen devra intervenir.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de regroupement familial présentée par Mme D épouse A dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
F. BouchetLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,