Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204066

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204066
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 avril 2022 et le 27 mai 2022,

Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 2 798,01 euros ;

2°) d'annuler la décision du 15 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder une remise de sa dette de revenu de solidarité active ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne de lui accorder la remise totale de sa dette.

Elle soutient ;

- qu'elle n'a commis aucune fraude et qu'elle ne touche pas le revenu de solidarité active ;

- qu'elle est dans l'incapacité de rembourser cette dette, dès lors qu'elle ne touche que sa pension de retraite, qu'elle est malade et se trouve dans une situation de grande précarité.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2023, le département de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère, a présenté son rapport au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A était allocataire du revenu de solidarité active. Le 9 février 2017, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne l'a informée qu'elle avait un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 798,01 euros pour la période allant du 1er juin 2016 au

31 décembre 2016. Mme A a contesté le bien fondé de cet indu et en a demandé également la remise gracieuse. Par deux décisions du 15 avril 2022, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge et a rejeté sa demande de remise de dette. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces deux décisions et de lui accorder une remise totale de sa dette de revenu de solidarité active.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 avril 2022 confirmant un indu de 2 498,01 euros de revenu de solidarité active :

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

3. La décision attaquée fonde l'indu de revenu de solidarité active de Mme A sur le motif de l'absence de prise en compte pour la période en litige de sa pension de retraite. Il résulte de l'instruction, en particulier des pièces produites par le département, que Mme A bénéficiait depuis le mois d'avril 2014 d'une pension de retraite d'un montant de 628,99 euros, réévalué à compter du mois d'octobre 2015 à 629,61 euros, alors que la requérante avait déclaré au titre de la période en litige n'avoir aucune ressource. Si elle soutient, sans produire aucun relevé de versement, qu'elle n'a pas touché le revenu de solidarité active pendant cette période, il résulte de l'instruction qu'elle a fait une demande de revenu de solidarité active le 14 juin 2016 et qu'elle a procédé, par la suite, à des déclarations trimestrielles auprès de la caisse d'allocations familiales afin de toucher cette allocation. La circonstance qu'elle aurait été de bonne foi est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 avril 2022 qui confirme l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

Sur les conclusions à fin de remise de dette :

5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et si, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par le département à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision.

4. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle est dans l'incapacité de rembourser cette dette dès lors qu'elle ne touche que sa pension de retraite, qu'elle est malade et se trouve dans une situation de grande précarité et qu'elle est de bonne foi. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'elle a omis de déclarer auprès de la caisse qu'elle touchait une pension de retraite depuis le mois

d'avril 2014, ainsi qu'il a été dit au point 3. Dans ces conditions, eu égard au caractère réitéré de son omission déclarative, l'intéressée, qui ne peut sérieusement soutenir, dans ces circonstances, qu'elle n'était pas informée de ses obligations déclaratives, ne saurait être considérée de bonne foi de sorte qu'elle ne peut, en tout état de cause, bénéficier d'une remise de sa dette de revenu de solidarité active.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier La greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière,