Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204474

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSANGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, M. A C, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'enregistrer et d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, si sa demande d'aide juridictionnelle lui était refusée, de mettre à la charge de l'Etat la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît son droit d'être entendu préalablement ;

- est insuffisamment motivée en fait ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 9 novembre 2020 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 23 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 février 2024 à midi.

Par une ordonnance n°2204690 du 2 juin 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a suspendu la décision du 25 avril 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C et a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande, et, sous réserve que le dossier de demande soit complet, d'enregistrer cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin, conseillère-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à l'octroi de cette aide à titre provisoire sont privées d'objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les autres conclusions :

2. M. A C, ressortissant malien, a sollicité le 5 avril 2022 la régularisation de sa situation administrative auprès de la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne. Par courrier daté du 25 avril 2022, le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a confirmé les termes de sa précédente décision du 9 novembre 2020 ayant fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français et l'a invité à quitter le territoire national dans les plus brefs délais. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cette décision.

3. En premier lieu, par un arrêté n°2021/659 du 1er mars 2021, publié régulièrement au recueil des actes administratifs le même jour et librement accessible sur le site internet de la préfecture, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. B, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, signataire de la décision attaquée, pour signer les " décisions () relevant des attributions de l'État sur l'arrondissement de Nogent-sur-Marne ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision litigieuse faisant suite à une demande de M. C, celui-ci ne saurait utilement invoquer que son droit à être entendu a été méconnu.

5. En troisième lieu, M. C soutient que la décision en litige est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle ne comporte aucune considération factuelle précise sur sa situation familiale. Toutefois, la décision en litige permet à l'intéressé de comprendre les motifs qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation sera écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni des pièces du dossier que le sous-préfet de Nogent-sur-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

7. En cinquième lieu, M. C fait valoir que le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a commis une erreur de droit en se fondant sur l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 9 novembre 2020 et qui n'est plus exécutoire. Toutefois, en prenant la décision en litige, le sous-préfet de Nogent-sur-Marne s'est borné à faire état d'une précédente obligation de quitter le territoire français et a bien instruit la situation du requérant, en retenant que l'intéressé n'apportait aucun élément nouveau susceptible de justifier le réexamen de sa situation. Au surplus, la circonstance qu'une obligation de quitter le territoire français a été dépourvue d'exécution pendant plus d'un an, si elle fait obstacle à ce que l'étranger soit placé en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, ne prive pas de tout effet cet arrêté ni même ne fait obstacle à son exécution d'office. Par suite, l'erreur de droit invoquée n'est pas établie.

8. Enfin, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. D'une part, si M. C se prévaut de la présence d'attaches personnelles et familiales fortes en France ainsi que de son insertion professionnelle, par l'exercice notamment d'une activité professionnelle dans le cadre de missions d'intérim entre les mois d'avril et septembre 2017 et s'il produit des bulletins de salaire des mois d'octobre à décembre 2018 puis de janvier à septembre 2020 pour un emploi d'ouvrier polyvalent dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il ne justifie pas de l'exercice d'une activité professionnelle depuis la date du dernier bulletin de salaire produit. Par ailleurs, la seule circonstance de justifier d'une adresse chez sa grand-mère maternelle, en situation régulière, à la date de la décision attaquée, et de se prévaloir de ce que son père est titulaire d'une carte de résident n'est pas de nature à établir que le requérant serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de 23 ans ou que sa présence serait indispensable auprès de ces deux membres de sa famille. En outre, M. C n'apporte aucun élément sur ses conditions de séjour en France à compter de l'année 2021, de sorte qu'il n'établit pas résider de manière continue en France depuis plus de sept ans. Dans ces conditions, et en tout état de cause, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prise à son encontre le 25 avril 2022. Dès lors, ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne à la préfète d Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,