Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205008

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 19 mai 2022 et le 7 juin 2022, M. D B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Il doit être regardé comme soulevant les moyens suivants :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle dès lors que l'entreprise dans laquelle il travaille n'est pas mentionné dans l'arrêté ;

- il a été pris a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, la préfète n'ayant pas transmis la demande d'autorisation de travail à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;

- c'est à tort que la préfète a retenu l'existence d'une fraude dès lors qu'il a porté

lui-même à sa connaissance le fait qu'il a utilisé une fausse carte d'identité pour travailler ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère ;

- et les observations de M. C B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant brésilien né le 28 mai 1975 et entré en France le 21 septembre 2016, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 4 mai 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente, M. C B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne a estimé que l'usage d'une fausse carte d'identité portugaise par l'intéressé caractérisait l'existence d'une fraude faisant obstacle à ce qu'il relève d'un motif exceptionnel susceptible de lui permettre de bénéficier d'un titre de séjour même à titre humanitaire. Toutefois, M. C B soutient, sans être contredit, qu'il a porté

lui-même à la connaissance de la préfecture du Val-de-Marne le fait qu'il a utilisé une fausse carte d'identité pour travailler. Il est d'ailleurs constant qu'il n'a pas fait usage de cette fausse pièce en vue d'obtenir son admission au séjour. Ainsi, c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a considéré que cette circonstance était constitutive d'une fraude faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour.

3. Par ailleurs, en admettant même que l'arrêté attaqué soit fondé également sur un autre motif, il résulte de l'instruction que le motif tiré de l'existence d'une fraude a joué un rôle déterminant dans l'appréciation de la préfète. Par conséquent, il n'y a pas lieu, en l'espèce, de neutraliser l'illégalité qui l'entache.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur les autres moyens de la requête, que M. C B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

5. Il appartiendra en conséquence à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de M. C B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé d'admettre au séjour M. C B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de

trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être éloigné à l'issue de ce délai est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du

Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,