Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205018
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205018 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre, JU |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, la société anonyme (SA) Cosybreak demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière et des taxes annexes assises sur les bases de la taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018, 2019, 2020 et 2021 ;
2°) de prononcer le remboursement des impositions payées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 540 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- sa réclamation au titre des années 2018 et 2019 est recevable au regard des dispositions de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales ;
- elle doit être exonérée des impositions litigieuses en vertu des dispositions de l'article 1389 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que le moyen développé n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- les conclusions de M. Delmas, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A, représentant la SA Cosybreak.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme (SA) Cosybreak a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2018, 2019, 2020 et 2021 à raison d'un ensemble immobilier dont elle est propriétaire dénommé Manoir de Chaubuisson situé à Fontenay-Trésigny. La société a contesté le montant de ces impositions, par réclamation du 22 décembre 2021, reçue le 3 janvier 2022, qui a été rejetée par décision du 24 mars 2022. Par la requête susvisée, l'intéressée demande la décharge des taxes foncières en cause.
S'agissant des taxes foncières des années 2018 et 2019,
2. En vertu du a. de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, sont recevables les réclamations relatives aux impôts directs locaux qui ont été présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle de la mise en recouvrement du rôle.
3. Il résulte de l'instruction que les taxes foncières des années 2018 et 2019 ont été mises en recouvrement respectivement les 31 août 2018 et 31 août 2019. Comme l'invoque à juste titre le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne dans ses écritures en défense, la réclamation présentée le 22 décembre 2021 était donc tardive au regard des dispositions de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, les dispositions de l'article R. 211-1 du même livre, qui permettent à l'administration fiscale de prononcer d'office un dégrèvement pour des impositions qui n'étaient pas dues, n'ont ni pour objet ni pour effet de rendre recevable une réclamation présentée après l'expiration du délai fixé par l'article R. 196-2 précité du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions et sans que la société puisse utilement se prévaloir de la doctrine administrative en matière de procédure d'imposition, les conclusions tendant à la décharge des taxes foncières des années 2018 et 2019 sont, en tout état de cause, irrecevables.
S'agissant de la taxe foncière des années 2020 et 2021,
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
4. Aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée () ".
5. Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté.
6. La société Cosybreak soutient que les mesures gouvernementales destinées à stopper la pandémie de la covid-19 ont, à compter de mars 2020, porté gravement atteinte à la faculté d'exploiter ledit établissement et que cette incapacité causée par des dispositions légales et réglementaires ne peut que conforter la possibilité pour celle-ci de solliciter l'exonération pour inexploitation de son bien pour des raisons indépendantes de sa volonté.
7. Toutefois, à supposer même que la SA Cosybreak exploiterait directement l'ensemble immobilier en cause, alors que, d'une part, son activité principale apparaissant sur l'extrait Kbis produit est " gestion et participations commerciales " et, d'autre part, l'administration indique sans être contredite que cette société n'a déposé aucune déclaration n° 1447-C-SD, de sorte qu'elle n'est pas assujettie à la cotisation foncière des entreprises au titre de l'exploitation de cet immeuble, la requérante n'apporte à l'appui de ses écritures aucune pièce de nature à justifier que le Manoir de Chaubuisson, dont il est constant que s'il dispose de salles dédiées à des séminaires, il comporte également de nombreuses chambres et aménagements de nature à accueillir une clientèle sans lien avec lesdits séminaires, aurait été inexploité pendant la pandémie du fait des mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à demander le bénéfice des dispositions de l'article 1389 du code général des impôts.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ".
9. La requérante invoque l'interprétation de la loi fiscale énoncée par la réponse ministérielle Nury du 27 avril 2021. Toutefois, le refus de dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties en cas de vacance dont tout contribuable peut demander à bénéficier en application du I de l'article 1389 du code général des impôts ne constitue pas un rehaussement des impositions initialement mises à sa charge. Par ailleurs, cette réponse ministérielle ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. Par suite, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales pour demander la décharge des impositions en litige.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SA Cosybreak doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles au titre des frais de justice doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SA Cosybreak est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Cosybreak et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : P. Meyrignac
Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
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