Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205216

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGAFSIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 mai 2022 et le 1er mars 2024

Mme C, représentée par Me Gafsia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur la demande tendant au renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle a présentée le 23 décembre 2022 ;

2°) d'annuler la décision née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur la demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle a présentée le 6 mai 2022 ;

3°) d'annuler la décision de refus de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à la suite de la demande qu'elle a présentée le 6 mai 2022 ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision implicite portant refus de titre de séjour née le 23 avril 2022 :

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant refus de la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour du 6 mai 2022 :

- méconnait l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision implicite portant refus de titre de séjour née le 6 septembre 2022 :

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Binet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante malgache, a sollicité le 23 décembre 2022 le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont elle était titulaire en qualité de parent d'enfant français. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète

du Val-de-Marne sur cette demande. Le 6 mai 2022, Mme C a déposé une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur cette nouvelle demande. Mme C demande au tribunal d'annuler les deux décisions implicites qui viennent d'être évoquées ainsi que la décision refusant de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour à l'occasion de la seconde demande qu'elle a présentée.

Sur la première décision implicite de rejet opposée à la requérante :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C ce qui ne saurait être déduit de la seule circonstance qu'une décision implicite de rejet a été opposée à cette dernière.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est mère d'un enfant français né en France en 2014 et sur lequel elle exerce l'autorité parentale exclusive. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que l'enfant réside à Madagasgar au moins depuis sa scolarisation en grande section de maternelle au mois de septembre 2018, et ne résidait donc pas en France à la date de la décision attaquée. Par suite, la condition de résidence de l'enfant français mineur en France n'étant pas établie, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande présentée le 23 décembre 2022 par Mme C a été formulée en qualité de parent d'un enfant français et non sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de cette demande.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme C soutient qu'elle réside en France de manière continue depuis 2009, qu'elle a suivi en France un parcours universitaire lui ayant permis d'obtenir deux masters en 2011 et 2017 et qu'elle exerce une activité professionnelle depuis la fin de ses études, occupant un emploi de contrôleuse de gestion après avoir exercé celui d'agent comptable. Toutefois, les pièces produites ne permettent d'établir une résidence continue de l'intéressée sur le territoire français que depuis l'année 2018. Par ailleurs, si Mme C justifie avoir adressé à son père, résidant et ressortissant Malgache, entre juillet 2021 et avril 2022, une somme de 3 750 euros au titre de l'aide familiale et avoir mandaté sa mère en mars 2022 pour la représenter pour signer jusqu'au 15 mars 2022 les actes relatifs à la scolarité de son fils à B, elle démontre ainsi avoir conservé des liens personnels et familiaux dans son pays d'origine et ce d'autant plus que son enfant y réside habituellement depuis 2018, et ne démontre pas avoir développé sur le territoire français des liens personnels et familiaux d'une intensité particulière. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 et en dépit du fait que Mme C exerce en France une activité professionnelle, il n'apparaît pas que la préfète du Val-de-Marne ait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à son endroit.

Sur le refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour du 6 mai 2022 :

9. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".

10. La requérante soutient sans être contredite par la préfète du Val-de-Marne qu'elle s'est seulement vu remettre, le 6 mai 2022, à la suite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, un document intitulé " attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour ". Toutefois, un tel document ne peut pas être regardé comme le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment qu'il n'autorisait pas expressément la présence de l'intéressée sur le territoire. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un récépissé, qui méconnaît les dispositions citées au point 9.

Sur la seconde décision implicite de rejet opposée à la requérante :

11. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C ce qui ne saurait être déduit de la seule circonstance qu'une décision implicite de rejet a été opposée à cette dernière.

12. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

Pour les mêmes raisons que celles qui ont été évoquées aux points 7 et 8, la préfète du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la requérante ne justifiait pas de motifs humanitaires ou exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour au sens des dispositions citées au point précédent.

13. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles évoquées au point 7, Mme C n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision implicite opposée à sa seconde demande porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requérante est seulement fondée à demander l'annulation de la décision de la préfète du Val-de-Marne lui refusant la délivrance d'un récépissé de demande de carte de séjour.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme que demande Mme C sur fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La décision de la préfète du Val-de-Marne refusant de délivrer à Mme C un récépissé à la suite de sa demande présentée le 6 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Sobangue

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2205216