Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205284

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 mai et le 5 octobre 2022, Mme A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreurs dans la matérialité des faits ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant le titre de séjour ;

- méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mauritanienne se maintenant en France en situation irrégulière, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. L'arrêté du 21 avril 2022 mentionne que Mme B est née le 12 février 1949 et est de nationalité congolaise, qu'elle est entrée sur le territoire français démunie de visa, qu'elle a fait l'objet d'un rejet de demande d'asile par l'Office Français de la Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) en date du 15 décembre 2017, confirmé par la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) le 22 septembre 2017 et d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA, le 15 décembre 2017, que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) auquel il fait expressément référence a été rendu le 7 juin 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B est née le 31 décembre 1948 et est de nationalité mauritanienne et qu'elle est entrée sur le territoire français munie d'un visa. En outre, la requérante soutient sans être utilement contredite par le préfet qu'elle n'a jamais présenté de demande d'asile. Si le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que la mention de la date de l'avis du collège des médecins de l'OFII dans sa décision est une simple erreur de plume et a été rendu en réalité le 5 novembre 2021, il n'apporte aucune explication sur les erreurs relevées ci-dessus et qui permettent de s'interroger sur la question de savoir si la situation personnelle et familiale de l'intéressé a été sérieusement examinée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs dans la matérialité des faits doit être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2022.

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 21 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

D. Binet

Le président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière,