Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206239
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | MILEO |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin et 30 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Mileo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'inexécution ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de l'enjoindre à réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation de travail, sous la même condition de délai et sans astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :
- est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- a été prise sur le fondement d'informations contenues dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires et dans le fichier automatisé des empreintes digitales que les agents de la préfecture ont consulté de manière irrégulière ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-1, L. 412-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision d'obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour ;
- est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- n'est pas motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né en 1996, a été titulaire de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelés, dont le dernier expirait le 1er novembre 2021. Il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour le 24 janvier 2022. La commission du titre de séjour a été saisie et a rendu un avis favorable au déclassement du titre de séjour. Par un arrêté du 27 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'inexécution. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Pour refuser la demande de M. B tendant au renouvellement de son titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public caractérisée par la condamnation de l'intéressé entre 2016 et 2019, pour des faits délictuels, à deux peines d'emprisonnement de deux et trois mois, à une peine d'amende et à une peine de quatre-vingt-dix heures de travail d'intérêt général, et par deux interpellations n'ayant pas donné lieu à condamnation, en juin 2020 et décembre 2021, pour des faits de conduite sans assurance et blessures involontaires par conducteur de véhicule terrestre à moteur, et vol de véhicule en réunion. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est scolarisé de manière continue en France depuis la classe de moyenne section de maternelle, en mai 2001. Si les pièces produites ne permettent pas d'établir la date exacte de son entrée sur le territoire français, elles permettent toutefois d'établir sa résidence régulière et continue depuis l'âge de quatre ans. Par ailleurs, est également établie la présence sur le territoire de ses parents titulaires de titres de séjours ainsi que de ses deux frères et de sa sœur, tous de nationalité française. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que M. B a quitté son pays d'origine alors qu'il était en bas âge, qu'il a passé la quasi intégralité de sa vie sur le territoire français et qu'il a toutes ses attaches personnelles et familiales en France. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce et en dépit de la réitération très regrettable d'infractions pénales, M. B est fondé à soutenir qu'en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la décision et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de renouvellement du titre de séjour est entachée d'illégalité et doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes d'éloignement et de fixation du pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne fasse droit à la demande de renouvellement de titre de séjour dont M. B l'a saisi. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer à l'intéressé une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du le préfet de Seine-et-Marne du 27 mai 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera la somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, première conseillère,
Mme Massengo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure
C. MASSENGO
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,