Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207484

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre, JU
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2022, M. C A, représenté par

Me Sangare, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire, assortie d'une astreinte fixée à 50 euros par jour de retard à compter d'un délai de

30 jours suivant la notification du jugement à intervenir.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision n'accordant pas de délai de départ volontaire :

- la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire découlant du fait qu'il ne présenterait pas de garanties de représentation suffisantes en raison de l'absence de résidence personnelle n'est pas établi ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans :

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, alors qu'il est présent depuis plusieurs années en France, sans trouble à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- le renvoi de M. A vers son pays d'origine entravera son projet de continuer à travailler en France ; d'ailleurs, son employeur ne l'a jamais sanctionné.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Lalande, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lalande,

- les observations de Me Sangare, représentant M. A, présent en cours d'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et les observations de

Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête comme étant infondée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1996, demande l'annulation de la décision du 28 juillet 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 611-1 4°, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-8, L. 612-10, L. 613-3, L. 614-1,

L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3 et L. 721-4, L. 721-5, L. 722-3, L. 722-7 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait état de la décision de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La préfète, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant a, ainsi, suffisamment motivé sa décision.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. A soutient qu'il réside depuis plusieurs années sur le territoire, où il est régulièrement hébergé, et où il travaille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que

M. A, qui est arrivé en France en 2018 selon ses indications, n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à un âge adulte. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision n'accordant pas de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : a) Si l'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour() f) Si l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ou qu'il a dissimulé des éléments de son identité, ou qu'il n'a pas déclaré le lieu de sa résidence effective ou permanente, ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues par les articles L. 513-4, L. 552-4,L. 561-1 et

L. 561-2. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision litigieuse que, pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. A, obligé de quitter le territoire français, la préfète du Val-de-Marne a estimé qu'il existait un risque que ce ressortissant étranger se soustraie à cette obligation dans la mesure où il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas davantage sollicité la délivrance d'un titre de séjour et où il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Si M. A fait valoir qu'il est hébergé chez M. B, et verse en ce sens une attestation, ce document n'est pas daté et ne précise pas depuis quelle date M. A est hébergé. En outre, le requérant ne remet pas en cause le premier motif selon lequel il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas davantage sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: "Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français". Aux termes de l'article L. 612-10 du code : "Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ()".

9. Il ressort des points 6 et 7 du présent jugement que la préfète du Val-de-Marne pouvait légalement refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire. Il s'ensuit qu'en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, la durée du séjour de l'intéressé en France n'est que de quelques années à la date de la décision. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français ne soit prise à son encontre. En outre, eu égard à l'ensemble de ces éléments, la préfète du Val-de-Marne n'a pas entaché sa décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois d'erreur d'appréciation de la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Si M. A soutient que son renvoi vers son pays d'origine entravera son projet de continuer à travailler en France, alors d'ailleurs que son employeur ne l'a jamais sanctionné, il n'établit pas que la décision fixant le Mali comme pays de destination, pays dont il a la nationalité, et dans lequel il n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le magistrat désigné,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,