Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208114

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre, JU
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, et un mémoire, enregistré le 31 août 2022, M. B A, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors notamment que la préfète n'était pas en situation de compétence liée pour prendre une mesure d'éloignement à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- la décision litigieuse méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors notamment qu'il dispose d'attaches familiales en France, sa sœur étant titulaire d'une carte de résident, et une autre sœur ayant été naturalisée ; en outre, M. A a un frère établi en France et titulaire d'un titre de séjour pluriannuel, qui l'a d'ailleurs hébergé ;

- la préfète du Val-de-Marne aurait pu procéder à sa régularisation, alors notamment qu'il est présent depuis 5 ans en France, où il travaille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Lalande, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lalande,

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête comme étant infondée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1991, demande l'annulation de la décision du 25 juillet 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 611-1 4°, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-8, L. 612-10, L. 613-3, L. 614-1,

L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3 et L. 721-4, L. 721-5, L. 722-3, L. 722-7 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait état de la décision de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La préfète, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant a, ainsi, suffisamment motivé sa décision.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. A soutient qu'il réside depuis plusieurs années sur le territoire, où il est régulièrement hébergé, et où il travaille. Il ajoute qu'il dispose d'attaches familiales en France, sa sœur étant titulaire d'une carte de résident, et une autre sœur ayant été naturalisée ; en outre,

M. A a un frère établi en France et titulaire d'un titre de séjour pluriannuel, qui l'a d'ailleurs hébergé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est arrivé en France en 2018 selon ses indications, n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à un âge adulte. Dans ces conditions,

M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant à l'encontre de cette mesure d'éloignement, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel elle a été prise. Au demeurant, à supposer que M. A ait entendu critiquer la décision fixant le pays de destination, il n'apporte aucun élément précis au soutien de ses écritures, et n'a produit aucune pièce permettant de conclure à l'existence d'un risque au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne se serait crue liée par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour décider de prendre la mesure d'éloignement en litige.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

7. Indépendamment de l'énumération donnée par les articles L. 611-3 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il s'agisse d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une mesure d'expulsion, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

8. Si M. A soutient la préfète du Val-de-Marne aurait pu procéder à sa régularisation, alors notamment qu'il est présent depuis 5 ans en France, où il travaille, il ne saurait utilement se prévaloir au soutien de conclusions contre l'obligation de quitter le territoire français du fait qu'il remplirait les conditions pour se voir attribuer un titre de séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions n'instituant pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le magistrat désigné,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,