Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208118

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre, JU
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 août 2022 et le 25 août 2022, M. C A, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence et n'a pas respecté le caractère contradictoire de la procédure préalable, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Lalande, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lalande,

- les observations de Me Froger, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête comme étant infondée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 15 septembre 2000 à Labé (république de Guinée), a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 mai 2022. Par arrêté du 5 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a obligé

M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté précité du 5 août 2022, par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à Mme B D, cheffe du bureau de l'asile, pour signer notamment les décisions en litige en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de signature de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'incompétence doit être écarté.

4. En second lieu, si l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ", il ressort des dispositions du titre Ier du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article

L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la mesure d'éloignement :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. A n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En second lieu, M. A se prévaut d'un emploi en qualité de chargé de billetterie. A cet égard, il produit un contrat de travail portant sur les 10, 11 et 12 août 2022, soit seulement trois jours, et de deux contrats, l'un à durée déterminée et l'autre à durée indéterminée. Toutefois, les deux contrats les plus récents couvrent une période postérieure à la date des décisions attaquées. En outre, les éléments produits ne permettent pas de considérer que la décision portant obligation de quitter le territoire porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc être accueilli.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. M. A soutient qu'il souffre d'un important syndrome de stress post-traumatique ainsi que d'une dépression sévère, qui sont traités par la prise de Temesta et de Séroplex. Il ajoute qu'il a fui son pays d'origine à raison des risques qu'il y encourt. Toutefois, d'une part, il est constant que par une décision du 20 mai 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours de l'intéressé dirigé contre le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. D'autre part, le certificat médical du 21 avril 2022, selon lequel l'intéressé souffre d'un syndrome post-traumatique, ainsi que l'attestation d'un psychologue, datée du 11 mars 2022, selon laquelle l'intéressé est suivi hebdomadairement depuis le 3 décembre 2021, ne sauraient permettre, à eux-seuls, d'établir les circonstances exactes à l'origine des constats, ni de les imputer aux faits allégués, en l'absence d'explications substantielles et concluantes du requérant sur les faits et eu égard à leur ancienneté. Enfin, les autres documents produits ne permettent pas de conclure à l'existence d'un risque personnel et actuel au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de

M. A ne peuvent qu'être rejetées, y compris celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le magistrat désigné,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,