Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208151

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Boudjelti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle sollicitait un titre de séjour " salarié " en lieu et place d'un titre " conjoint de français " ;

-elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'usage par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la situation de violence dans laquelle elle a vécu.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le principe du contradictoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 janvier 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett, conseiller-rapporteur,

- et les observations de Me Crémière, représentant Mme C épouse A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante algérienne, est entrée en France le 24 décembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " famille de français ". Elle a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 29 avril 2021 au 28 avril 2022. Elle en a sollicité le renouvellement le 7 juin 2022. Par un arrêté du 5 août 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme C épouse A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui bénéficie d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil, en raison des violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin se voit délivrer, dans les plus brefs délais, une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Une fois arrivée à expiration elle est renouvelée de plein droit à l'étranger qui continue à bénéficier d'une telle ordonnance de protection. Lorsque l'étranger a porté plainte contre l'auteur des faits elle est renouvelée de plein droit pendant la durée de la procédure pénale afférente, y compris après l'expiration de l'ordonnance de protection. ".

4. Si Mme C épouse A ne conteste nullement la fin d'une communauté de vie effective avec époux et sa demande d'assignation en divorce du 2 juin 2022, elle se prévaut toutefois d'une situation de violence qui serait à l'origine de la rupture de la vie commune. Cependant, la requérante ne verse à la procédure aucun élément susceptible d'établir l'existence d'une telle situation de violence et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle bénéficie d'une ordonnance de protection ou encore qu'elle ait sollicité une telle mesure. Au demeurant, la requérante ne s'est pas prévalue de ces dispositions dans sa demande de titre de séjour. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en refusant de renouveler son certificat de résidence.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / (). " Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 de ce code : " (). / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / (). " Aux termes de l'article R. 5221-15 du même code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, que Mme C épouse A ne justifie pas être titulaire de l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-1 précité du code du travail. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, il n'apparaît pas davantage que le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 5 août 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de l'admettre au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () " ; qu'aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

10. Le droit d'être entendu qui découle de ces stipulations implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, lorsque, comme en l'espèce, la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

11. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

12. Il résulte des pièces du dossier que Mme C épouse A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il lui appartenait en conséquence de produire à cette occasion tout élément utile pouvant avoir une incidence sur une éventuelle décision d'éloignement. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que Mme C épouse A aurait été empêchée d'apporter, après la présentation de sa demande de titre de séjour, toute information complémentaire utile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de Mme C épouse A à être entendue ne peut dès lors qu'être écarté.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de Mme C épouse A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,