Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208661
mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2208661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 5 septembre 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soulève les moyens suivants :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais fait l'usage d'une fausse carte d'identité pour se faire embaucher et qu'il n'a commis aucune fraude ;
- elle est également entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 et code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de
Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né le 15 mars 1993, est entré en France le 10 mars 2017 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Val-de-Marne a estimé que l'usage d'une fausse carte de séjour par l'intéressé caractérisait l'existence d'une fraude faisant obstacle à ce qu'il relève d'un motif exceptionnel susceptible de lui permettre de bénéficier d'un titre de séjour même à titre humanitaire. Toutefois, d'une part, M. B soutient, sans être contredit par la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il n'a jamais fait l'usage d'une fausse carte de séjour pour travailler, en produisant son contrat de travail et son avenant qui indiquent son identité ainsi que son numéro d'aide médicale d'État et ne font pas mention d'une carte de séjour. Il est dès lors fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur de fait en considérant que cette circonstance était constitutive d'une fraude faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, et en tout état de cause, l'usage d'une fausse carte de séjour à seule fin de travailler ne constitue pas, en tant que tel, une fraude commise dans la procédure d'admission au séjour. Le requérant est par suite fondé à soutenir que la préfète a également commis une erreur de droit.
3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 mai 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant son pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. B, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
5. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors que M. B n'a pas eu recours à un avocat et ne justifie d'aucun frais, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 5 juillet 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
J. Darracq-Ghitalla-CiockLe président,
X. Pottier
La greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,