Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209019

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. B A, représenté en dernier lieu par Me Siran, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Melun a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 3 janvier 2022, date d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée, ou, à titre subsidiaire, à compter du 7 juillet 2022, date de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023,

l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Par une ordonnance du 20 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat n° 428530 et 428564 du 31 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né en 1993 à Kandahar (Afghanistan), a présenté une demande d'asile en France le 26 juin 2019, enregistrée en " procédure Dublin ", et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Le 12 août 2019, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert du préfet de

Seine-et-Marne qui a été assorti d'une assignation à résidence de quarante-cinq jours. M. A ayant été déclaré en fuite le 11 octobre 2019, la directrice territoriale de l'OFII de Melun l'a informé, par un courrier du même jour, de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil (CMA) dont il bénéficiait et qu'un délai de quinze jours lui était imparti pour présenter des observations écrites. Par une décision du 4 novembre 2019, la directrice territoriale de l'OFII de Melun a suspendu les CMA de M. A. Le 3 janvier 2022, le requérant a présenté une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée. Le 7 juillet 2022, ce dernier a sollicité le rétablissement de ses CMA. Par une décision du 12 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Melun a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

2. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. A a bénéficié des CMA après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des CMA aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des CMA, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Enfin, si le bénéfice des CMA a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment la décision du Conseil d'État n° 428530 du 31 juillet 2019. Cette décision, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, indique qu'il a accepté, le 25 juin 2019, les CMA que l'OFII lui a proposées et qu'à défaut d'avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, les CMA dont il avait bénéficié avaient été suspendues par une décision du 4 novembre 2019 et que les motifs qu'il invoquait ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations. La décision en litige précise que, " dans cette configuration, après examen de [ses] besoins et de [sa] situation personnelle et familiale ", il ne pouvait être donné une suite favorable à la demande de rétablissement des CMA qu'il avait présentée. La décision attaquée, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, qui ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII de Melun n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A alors qu'elle disposait du compte rendu des entretiens réalisés le 26 juin 2019, lors de l'enregistrement de la demande d'asile de M. A, et le 15 février 2022, dans le cadre de l'enregistrement de sa nouvelle demande d'asile déposée le 3 janvier 2022. En outre, si M. A soutient que l'OFII n'a pas pris en considération son dénuement matériel, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier aurait communiqué à l'OFII de nouvel élément à l'occasion de sa demande de rétablissement des CMA. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur dans le cadre du présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () ".

6. Si M. A se prévaut de sa situation de vulnérabilité, en indiquant qu'il est dépourvu de revenu et de logement, aucune pièce du dossier ne permet de l'établir. En outre, M. A, dont l'état de vulnérabilité avait été évalué à 1 sur 3 lors d'un premier entretien réalisé le 26 juin 2019 à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, a bénéficié d'un nouvel entretien de vulnérabilité le 15 février 2022 durant lequel il a déclaré être hébergé par des amis et n'a pas signalé de problème de santé. Enfin, M. A, qui ne s'est pas présenté aux convocations des 3, 6 et 10 septembre 2019 qui lui avaient été régulièrement notifiées le

27 août 2019 dans le cadre de la procédure d'assignation à résidence mise en œuvre dans l'attente de son transfert vers l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, n'apporte aucun élément justifiant des raisons personnelles l'ayant conduit à ne pas respecter ses obligations de présentation auprès des autorités françaises. Ainsi, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la directrice territoriale de l'OFII de Melun a refusé de rétablir les CMA alors qu'il en remplissait les conditions. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". L'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, dispose : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ".

8. Il résulte des dispositions précitées ci-dessus que tout étranger qui demande pour la première fois l'asile en France doit bénéficier d'un entretien personnel à l'OFII en vue d'une évaluation de sa vulnérabilité. En revanche, il ne ressort ni de ces dispositions ni d'aucun principe général que l'OFII doive obligatoirement proposer un nouvel entretien de vulnérabilité lorsqu'il envisage de mettre fin au bénéfice des CMA ou lorsqu'il statue sur le rétablissement de celui-ci mais seulement qu'il doive prendre en compte les vulnérabilités de l'intéressé. Par suite,

M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'OFII ne prenne la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un premier entretien d'évaluation de sa vulnérabilité, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 26 juin 2019 et le 15 février 2022, dans le cadre de l'enregistrement de sa nouvelle demande d'asile déposée le 3 janvier 2022. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Melun a refusé de rétablir le bénéfice de ses CMA. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à

l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2209019