Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209022

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDBKM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Bapceres, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité mis à sa charge d'un montant de 11 132,15 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 11 132,15 euros ;

3°) d'enjoindre la restitution des sommes récupérées au titre de l'indu ;

4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui verser le revenu de solidarité active au titre des mois d'octobre et de novembre 2021 ;

5°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de sa dette ;

6°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active :

- la décision initiale de récupération de l'indu est insuffisamment motivée dès lors qu'elle n'indique pas le motif de l'indu mis à sa charge ;

- la caisse d'allocations familiales ne démontre pas avoir saisi la commission de recours amiable ;

- le département n'apporte pas la preuve du versement effectif des sommes indues ;

- la décision attaquée ne mentionne ni les bases ni les modalités de liquidation de l'indu ;

- l'administration ne démontre pas en quoi elle n'aurait pas eu droit au bénéfice du revenu de solidarité active.

Sur la remise de dette :

- il est de bonne foi ;

- il est sans emploi, n'est plus en mesure de faire face à ses dépenses de premières nécessités et vit en dessous du seuil de pauvreté.

Sur la décision implicite lui refusant le versement du revenu de solidarité active au titre des mois d'octobre et de novembre 2021 :

- elle méconnaît les articles L. 262-1 et L. 262-2 dès lors qu'il remplit les conditions pour pouvoir toucher le revenu de solidarité active au titre des mois d'octobre et novembre 2021 ;

- l'absence de versement est dû à des retards pris dans le traitement de son dossier à la suite de son déménagement de la Guadeloupe vers le département de Seine-et-Marne.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2023, le département de Seine-et-Marne conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- l'indu de 11 132,15 euros a été annulé par la caisse d'allocations familiales de

Seine-et-Marne à la suite de deux régularisations intervenues en octobre 2021 et en mai 2023 ;

- les sommes récupérées à tort en vue de la recouvrer ont été restituées au requérant ;

- le requérant a bénéficié d'un versement de 565 euros au titre du revenu de solidarité active en octobre et novembre 2021 ;

- si ces montants ont été minorés aux dates de versement en raison des retenues effectuées dans le cadre de la procédure de recouvrement de l'indu de 1 217,62 euros, ces sommes retenues lui ont été intégralement reversées en mai ou juin 2023.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de

Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a bénéficié du versement par la caisse d'allocations familiales de Guadeloupe du revenu de solidarité active. Par une déclaration du 20 août 2020, M. B a informé la caisse d'allocations familiales de Guadeloupe qu'il avait emménagé en décembre 2019 dans le département de Seine-et-Marne. Le 27 août 2021, il a été radié de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active de la caisse d'allocations familiales de Guadeloupe avec effet rétroactif au 1er janvier 2020 et, concomitamment, inscrit sur celle de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne. Par un courrier du 28 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne l'a informé que la caisse d'allocations familiales de Guadeloupe lui avait signalé un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 132,15 euros au titre de la période de janvier 2020 à août 2021. Par un recours administratif préalable obligatoire du 25 novembre 2021, M. B a contesté le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active et a demandé une remise gracieuse de dette. Par une décision implicite de rejet, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active. Par un courriel du 23 juillet 2022, M. B a réclamé le versement du revenu de solidarité active au titre du mois d'octobre et de novembre 2022 auquel il estime avoir droit. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions, la décharge de l'obligation de payer ces sommes et la remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active.

Sur le non-lieu opposé aux conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 11 132,15 euros et a refusé de lui accorder une remise de dette :

2. D'une part, il résulte de l'instruction que, antérieurement à l'enregistrement de la requête, par un courrier du 28 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a informé le requérant des régularisations opérées sur son dossier, eu égard à son déménagement et à la transmission de son dossier entre la caisse d'allocations familiales de Guadeloupe et de

Seine-et-Marne, et qu'elle lui devait la somme de 10 909,53 euros au titre de la période du

1er janvier 2020 au 31 octobre 2021, portant ainsi le montant de l'indu du requérant à 222,62 euros. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le département, qui doit être requalifiée en fin de non-recevoir dès lors qu'il s'agit d'un évènement antérieur à l'introduction de la requête, doit être accueillie en ce qui concerne cette fraction de l'indu.

3. D'autre part, il résulte de l'instruction que par un courrier du 15 mai 2023, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a informé le requérant des régularisations opérées sur son dossier et qu'elle lui devait la somme de 1 624,65 euros au titre de la période du 1er février 2020 au

30 avril 2022, période incluse dans celle de l'indu en litige, de sorte que son indu de revenu de solidarité active a été porté à un montant nul. Par suite, l'exception de non-lieu doit être accueillie en ce qui concerne la dernière fraction de l'indu de revenu de solidarité active.

4. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 11 132,15 euros ainsi que celle demandant la remise de cette dette sont irrecevables en tant qu'elles concernent la somme de 10 909,53 euros et le surplus de ces conclusions sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite lui refusant le versement du revenu de solidarité active au titre des mois d'octobre et de novembre 2021 :

5. Si M. B soutient que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne ne lui a pas versé le revenu de solidarité active au titre du mois d'octobre et de novembre 2021 alors qu'il y avait droit, il résulte de l'instruction, en particulier de la capture d'écran du logiciel de la caisse d'allocations familiales, que la somme de 565,34 euros au titre du revenu de solidarité active lui a été versé au mois d'octobre et de novembre 2021, ce qui n'est au demeurant pas contesté par le requérant. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de non-lieu opposée en défense, c'est à bon droit que le président du conseil départemental a refusé de lui verser une nouvelle fois le revenu de solidarité active au mois d'octobre et de novembre 2021.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme à verser à Me Bapceres, avocat de M. B, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 11 132,15 euros ainsi que celles tendant à la remise de cette dette sont irrecevables en tant qu'elle concerne la somme de 10 909,53 euros.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental de Seine-et-Marne confirmant l'indu de revenu de solidarité active ainsi que celles tendant à la remise de cette dette en tant qu'elle concerne la somme restante de 222,62 euros relative à cet indu.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bapceres, au président du conseil départemental de Seine-et-Marne et à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 220902