Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209389
mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209389 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO 14 |
| Avocat requérant | QUIENE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 septembre 2022 et le 15 mai 2024, M. C A, représenté par Me Quiene, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 juillet 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 20 juillet 2021 ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement social ait été reconnue comme prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec intérêts à compter de la réception de la demande préalable d'indemnisation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet disposait d'un délai de 6 mois à compter de la décision de la commission de médiation du 7 octobre 2019 pour lui proposer un logement correspondant à ces besoins et à ses capacités, or, au 7 avril 2020, aucun logement ne lui a été proposé ; le préfet ne lui a pas proposé de logement malgré une ordonnance du tribunal de céans du 25 juin 2021 qui lui a enjoint de le reloger avant le 1er septembre 2021 ;
- les troubles dans les conditions d'existence sont caractérisés du seul fait que la situation qui a conduit la demande de logement de l'intéressé à être déclarée prioritaire et urgente perdure ; la période de responsabilité de l'Etat est, au jour de l'introduction de la requête, est de 30 mois, soit deux ans et demi ;
- son ménage a connu un période d'hébergement en hôtel 115 plusieurs mois alors qu'il aurait dû être relogé en application de la décision de la commission de médiation ; à la date d'introduction de la requête il occupe avec sa famille un logement de transition depuis le 27 juillet 2020 ; ces conditions de logement ne leur offrent pas les conditions nécessaires à leur bon épanouissement car les obligations mises à sa charge dans le cadre de la convention d'occupation excèdent celles d'un locataire de droit commun, la carence de l'Etat porte donc atteinte au droit à sa vie privée et familiale ;
- il subit un préjudice moral tiré de la frustration résultant de la négation de ses droits ; la méconnaissance par le préfet du délai qui lui été imparti pour lui proposer un logement résulte moins d'un manque de logements que d'une volonté politique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de la Seine-et-Marne conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation éventuellement accordée.
Il fait valoir que :
- depuis le 27 juillet 2020 le requérant occupait un logement type T5 grâce au dispositif SOLIBAIL d'une superficie de 81,81 m² qu'ainsi ce logement n'était pas en situation de suroccupation ; ce logement comprenait l'ensemble des éléments d'équipements et de conforts usuels, ni de signe contraire à la santé ou à la sécurité de ses occupants, qu'ainsi ce logement présentait un caractère décent ;
- à compter du 12 mars 2020 le territoire entrait dans son premier confinement provoquant un ralentissement de l'activité des services de la préfecture ;
- depuis le 11 août 2022 le requérant est relogé et a signé un bail pour obtenir un logement de type T5 d'une superficie de 95 m² et que, dès lors, les moyens avancés par le requérant selon lesquels aucune offre de logement adapté à ses besoins et ses capacités ne lui a été faite sont inopérants.
Par une décision du 17 janvier 2024, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delmas, qui informe les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le présent jugement est susceptible de reposer sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'admission de la requérante à l'aide juridictionnelle provisoire et tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision liant le contentieux ;
- et les observations de Me Quiene, représentant M. A absent, conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Me Quiene abandonne ses conclusions tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle provisoire ainsi que celles tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire. Il fait valoir que sa cliente n'a pas reçu les propositions de relogement.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 7 octobre 2019 par la commission de médiation de Seine-et-Marne. En l'absence de relogement, M. A a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 27 mai 2022 au préfet de la Seine-et-Marne qui l'a rejetée par une décision implicite. Il demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de son absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti, qui commence à courir, dans la Seine-et-Marne, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans la Seine-et-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent, pour l'État, une obligation de résultat, dont peuvent se prévaloir les titulaires d'un droit au logement opposable. En conséquence, la circonstance que l'activité administrative des administrations ait été affectée par la pandémie de la covid-19 est sans incidence sur l'engagement de la responsabilité de l'Etat au titre de sa carence à reloger les titulaires d'un tel droit.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A s'est vu reconnaître le 7 octobre 2019 un droit au logement opposable pour un logement de type T5-T6 par la commission de médiation pour le motif suivant : " Hébergé(e) de façon continue dans une structure d'hébergement ". S'il résulte de l'instruction que l'intéressé a bénéficié avec son conjoint et leurs enfants d'un hébergement dans un appartement non suroccupé, il est constant qu'il a été relogé dans un logement de transition financé par l'Etat dans le cadre du dispositif " Solibail ". Si un tel hébergement a offert à l'intéressé une surface habitable conforme aux besoins des membres de son foyer et à ses capacités financières, un tel hébergement ne lui a pas conféré l'autonomie à laquelle il pouvait prétendre en vertu de la décision de la commission de médiation. En conséquence, un tel hébergement ne saurait délier l'administration de son obligation à exécuter la décision de la commission de médiation précitée.
5. En troisième lieu, il ne saurait être fait grief à M. A d'avoir refusé une proposition de relogement dans un logement de type T4 à la suite de la commission d'attribution des logements du 2 juillet 2021, proposition non conforme aux prescriptions de la commission de médiation et qui ne répondait pas aux besoins de son foyer familial.
6. En quatrième lieu, le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que M. A a signé un bail et a été relogé à compter du 11 août 2022 dans un logement de type T5 sur la proposition des services de la préfecture, ce qui est corroboré par l'extrait de l'application " Syplo " versé au débat. Le mémoire en défense a été communiqué à l'intéressé, qui a confirmé une telle information. Par suite, si M. A est fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 11 août 2022.
En ce qui concerne la réparation du préjudice :
7. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 28 mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total sept personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 4 100 euros.
Sur les intérêts :
8. M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2022, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
Sur les frais d'instance :
9. M. A n'a pas été admis à l'aide juridictionnelle en raison de la caducité de sa demande d'aide juridictionnelle constatée par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun. En conséquence, son conseil ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Toutefois, l'Etat étant partie perdante, il y a lieu de mettre à sa charge, dans les circonstances de l'espèce, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 4 100 (quatre mille cent) euros au titre des dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal calculés à compter du 27 mai 2022.
Article 2 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à M. A une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Quiene, au ministre en charge du logement et au préfet de la Seine-et-Marne.
Le magistrat désigné,
S. DELMAS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2209389
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