Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209622

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 octobre 2022, le 11 avril 2023 et le 29 juin 2023, Mme A G B, représentée par Me Trésor, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération par laquelle le jury lui a attribué la note de 9,64 et l'a déclarée ajournée ;

2°) d'enjoindre au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France de produire une copie de la page du registre de l'établissement lycée Jacques Feyder à Epinay-sur-Seine sur lequel figure la signature de Mme F, sa mère, apposée le jour du dépôt du certificat médical du 18 février 2022 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France de lui délivrer le diplôme du baccalauréat dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le simple renvoi à la consultation d'un site internet ne permet pas d'être informé des modalités de calcul de la note finale au baccalauréat ;

- elle porte atteinte à l'égalité entre les administrés ayant un accès difficile au numérique et les autres ;

- elle est illégale dès lors que les établissements de l'académie n'ont pas validé les protocoles EPSNET avant le déroulement de la première épreuve d'EPS de Mme B qui a eu lieu le 16 novembre 2021 ;

- elle est illégale et méconnaît l'article R. 312-3 du code de l'éducation dès lors que Mme B, mère de la requérante, a déposé le certificat médical à l'accueil de la vie scolaire de l'établissement et a signé le registre de l'établissement d'Epinay-sur-Seine, que Mme C était présente ce jour-là, qu'une confusion est opérée entre l'inaptitude et la dispense par l'administration alors que le contenu du certificat médical du 18 février 2022 est sans ambiguïté sur la demande de dispense, qu'il y a une incohérence entre l'inscription de la note de 0 au troisième trimestre alors qu'elle aurait dû être dispensée et la mention " absente " au deuxième trimestre.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté dès lors que le relevé de notes adressé à un candidat du baccalauréat ne constitue qu'une mesure d'information dépourvue de tout caractère décisoire ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté dès lors que, d'une part, la décision attaquée n'est pas assujettie à une obligation de motivation et que le sens de cette délibération procède de la moyenne des notes obtenues à l'ensemble des épreuves de cet examen après application des coefficients afférents, lesquels sont clairement détaillés sur ledit relevé ;

- le moyen tiré des erreurs de droit et de fait commises par le jury doit être écarté dès lors que la requérante a été qualifiée d'élève démissionnaire malgré une convocation de ses parents à l'issue du premier trimestre de l'année scolaire 2021/2022 concernant ses absences, que le certificat médical mentionné à l'article D. 336-6 du code de l'éducation doit être délivré par un médecin concourant à l'exercice des tâches médico-scolaires, que les deux premières épreuves d'éducation physique et sportive auxquelles elle était régulièrement inscrite se sont déroulées les 16 novembre 2021 et le 1er février 2022 et que le certificat médical n'a été produit que le 18 février 2022 et qu'elle ne pouvait bénéficier d'une dispense qu'au titre de la troisième épreuve de l'ensemble certificatif d'éducation physique et sportive et que la note finale de la requérante correspond à la moyenne des notes obtenues aux deux épreuves organisées en 2021/2022 pour lesquelles elle ne bénéficiait pas de dispense et qu'elle s'est régulièrement vu attribuer une note finale d'épreuve d'éducation physique et sportive de 0/20 au regard de ses notes obtenues aux épreuves obligatoires de courses et de badminton organisées les 16 novembre 2021 et le 1er février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- et les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération, le jury du baccalauréat technologique au titre de la session 2022 a refusé de délivrer ce diplôme à Mme B. Un relevé de notes en date du 27 septembre 2022 lui a été transmis. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la délibération du jury du baccalauréat technologique au titre de la session 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 336-1 du code de l'éducation : " Le diplôme national du baccalauréat technologique est délivré au vu des résultats à un examen qui sanctionne la formation dispensée dans les classes de première et terminale préparant à ce diplôme. / La réussite à l'examen détermine la collation par l'État du grade universitaire de bachelier ". Aux termes de l'article D. 336-10 de ce code : " Les éléments d'appréciation dont dispose le jury du baccalauréat technologique sont : / 1° Les notes obtenues par le candidat aux épreuves prévues à l'article D. 336-4 ; / 2° Pour certaines épreuves, les notes et les appréciations des professeurs portant sur les résultats obtenus en cours d'année scolaire accompagnées, le cas échéant, de travaux ou de comptes rendus de travaux réalisés par le candidat. Les modalités de cette disposition sont fixées par arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale ou, pour la série STAV, par arrêté du ministre chargé de l'agriculture ; / 3° Le livret scolaire qui peut être produit par le candidat et qui est constitué dans les conditions déterminées par arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale ou, pour la série STAV, par arrêté du ministre chargé de l'agriculture. / Les notes définitives résultent de la délibération du jury. Le jury peut notamment ajouter des points à la somme de ceux obtenus par le candidat aux épreuves. / Aucun candidat ayant fourni un livret scolaire ne peut être ajourné sans que le jury ait examiné ce livret. La mention de cet examen est portée au livret scolaire sous la signature du président du jury ".

3. La requérante soutient que la décision d'ajournement du jury a été prise par une autorité incompétente dès lors que le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France ne justifie pas d'une délégation de signature régulière et publiée. Toutefois, le relevé de notes adressé à la requérante est une ampliation de la délibération du jury prononçant son ajournement. Ainsi, la circonstance tirée de ce que ce relevé, simple mesure d'information adressée à la requérante, était signé par le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France, est sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 212-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La délibération d'un jury d'examen chargé d'apprécier les mérites des candidats n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Aucune autre disposition législative ou réglementaire n'impose à un jury d'examen de motiver ses décisions ou de faire connaître aux candidats les critères dont ils font usage pour procéder à leur appréciation. De même, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à un jury d'examen d'assortir les relevés de notes d'une motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'en ne motivant pas la décision attaquée et en renvoyant à un site internet pour préciser les modalités de calcul de la note finale obtenue au baccalauréat, l'administration s'est bornée à donner des explications aux candidats. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration a porté atteinte à l'égalité entre les administrés ayant un accès difficile au numérique et les autres doit être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 312-2 du code de l'éducation : " Les élèves des établissements d'enseignement du premier et du second degré publics et des établissements d'enseignement du premier et du second degré privés sous contrat qui invoquent une inaptitude physique doivent en justifier par un certificat médical indiquant le caractère total ou partiel de l'inaptitude. En cas d'inaptitude partielle, ce certificat peut comporter, dans le respect du secret médical, des indications utiles pour adapter la pratique de l'éducation physique et sportive aux possibilités individuelles des élèves. / Le certificat médical précise également sa durée de validité, qui ne peut excéder l'année scolaire en cours ". Aux termes de l'article D. 312-4 de ce code : " Dans les examens de l'enseignement du second degré, lorsque l'évaluation certificative résulte d'un contrôle en cours de formation, seuls peuvent être dispensés de l'épreuve d'éducation physique et sportive les candidats reconnus totalement inaptes, pour la durée de l'année scolaire, par un médecin qui délivre, à cet effet, un certificat médical, conformément aux articles R. 312-2 et R. 312-3. / Dans le cas d'inaptitudes, totales ou partielles, intervenant pour une durée limitée, il appartient à l'enseignant d'apprécier si les cours suivis par l'élève lui permettent de formuler une proposition de note ou si, les éléments d'appréciation étant trop réduits, ils doivent conduire à la mention " dispensé d'éducation physique et sportive pour raisons médicales ". / Aucun certificat médical d'inaptitude totale ou partielle ne peut avoir d'effet rétroactif ".

8. D'autre part, aux termes de l'article D. 336-4 de ce code : " L'évaluation des enseignements obligatoires repose sur des épreuves terminales et sur des évaluations de contrôle continu tout au long du cycle terminal de la série concernée. / () / En ce qui concerne l'épreuve d'éducation physique et sportive, la note résulte, pour les élèves des classes de terminale des lycées d'enseignement public et des lycées d'enseignement privé sous contrat, du contrôle en cours de formation prévu par l'article L. 331-1. Pour les autres candidats, la note résulte d'un examen terminal. / () / L'inscription au baccalauréat impose aux candidats de subir la totalité des épreuves obligatoires sous réserve des dispositions prévues aux articles D. 336-6, D. 336-7, D. 336-7-1, D. 336-13 et D. 336-14 et sous réserve de dispositions particulières prévues par arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale ". Aux termes de l'article D. 336-6 de ce code : " Les candidats qui ne peuvent subir l'épreuve d'éducation physique et sportive pour une raison de santé sont dispensés de cette épreuve à condition de produire un certificat délivré par un médecin concourant à l'exercice des tâches médico-scolaires. / () ". Aux termes de l'article D. 336-8 de ce code : " La valeur de chacune des épreuves du baccalauréat technologique est exprimée par une note variant de 0 à 20, en points entiers. L'absence non justifiée à une épreuve obligatoire est sanctionnée par la note zéro. / () ".

9. La requérante soutient que sa mère a déposé le certificat médical à l'accueil de la vie scolaire de l'établissement le 18 février 2022 et a signé le registre de l'établissement Jacques Feyder situé à Epinay-sur-Seine, que Mme C était présente ce jour-là, qu'une confusion est opérée entre l'inaptitude et la dispense par l'administration alors que le contenu du certificat médical du 18 février 2022 est sans ambiguïté sur la demande de dispense, qu'il y a une incohérence entre l'inscription de la note de 0 au troisième trimestre alors qu'elle aurait dû être dispensée et la mention " absente " au deuxième trimestre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante justifie seulement d'un certificat médical du 18 février 2022 qui la dispense d'éducation physique et sportive pour l'année 2021-2022 réalisé par le Dr E et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il s'agit d'un médecin concourant à l'exercice des tâches médico-scolaires. En outre, il ressort des pièces du dossier que les épreuves de courses et de badminton ont eu lieu le 16 novembre 2021 et le 1er février 2022, soit antérieurement à l'établissement et à la production de ce certificat médical. La requérante ne justifie pas avoir été dispensée à la date de ces épreuves par un médecin concourant à l'exercice des tâches médico-scolaires en application de l'article D. 336-6 du code de l'éducation. Dans ces conditions, la note de 0 obtenue à l'épreuve d'éducation physique et sportive du baccalauréat résulte de ce qu'elle a été regardée à bon droit comme absente de manière non justifiée à ces deux épreuves, conformément aux dispositions de l'article D. 336-8 du code de l'éducation.

10. En cinquième et dernier lieu, si la requérante se prévaut de l'irrégularité de la tenue de l'épreuve de courses le 16 novembre 2021 au motif que les établissements de l'académie n'ont pas validé les protocoles EPSNET avant la tenue de cette épreuve, la note du 23 novembre 2021 de M. D, directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France, dont elle se prévaut, se borne à prévoir que les protocoles des épreuves obligatoires soient saisis dans l'application nationale EPSNET entre le lundi 29 novembre et le vendredi 10 décembre 2021, sans que cette circonstance n'empêche la tenue desdites épreuves avant cette date. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Dutour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière