Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300106

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2227155 du 4 janvier 2023, enregistrée le 4 janvier 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun, le président du tribunal administratif de Paris a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête présentée par M. A B.

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. C A B, représenté par Me Landoulsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 du préfet de police en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'ordonner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.

M. A B soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'il est employé en qualité de plombier et qu'il n'a pas pu en justifier, et que sa situation n'a pas été examinée sur le fondement de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 compte tenu de sa nationalité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de séjour de plus de trois ans et d'un emploi stable et que le préfet n'a pas examiné la question de sa régularisation au titre de son pouvoir général d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie être en possession d'un passeport valable et qu'il est entré régulièrement en France le 16 mars 2019 muni d'un visa.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté dès lors que l'arrêté a été signé par Mme D qui est bénéficiaire d'une délégation de signature ;

- le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté dès lors que le requérant était dépourvu de passeport et qu'il n'était pas en mesure de justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français et qu'il n'a pas remis son passeport aux services de police ou préfectoraux, ce qui empêche d'authentifier son passeport ;

- il sollicite une substitution de motif au titre du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dès lors que le requérant n'a pas enregistré de demande de titre de séjour et qu'il ne justifie pas de son insertion professionnelle qui, en tout état de cause, n'est pas suffisante pour lui octroyer un droit au séjour de plein droit.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de base légale du 1° au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à l'éloignement des étrangers mentionnés aux chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater des titres VII des livres VII du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Blanc a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'était ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, déclare être entré dans l'espace Schengen le 16 mars 2019, muni d'un visa de 90 jours délivré par les autorités consulaires tunisiennes. Par un arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de l'arrêté du préfet de police en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial n° 75-2022-707 le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, pour signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et particulier par le préfet de police.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré (), s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

5. M. A B soutient qu'il est entré régulièrement en France en produisant la copie de son passeport revêtu d'un visa Schengen délivré par les autorités tunisiennes valable du 28 septembre 2018 au 26 mars 2019, revêtu d'un timbre humide apposé à l'aéroport d'Orly attestant son entrée en France le 16 mars 2019. Le préfet de police a pris sa décision d'obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le requérant était dépourvu de document de voyage et ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Si M. A B justifie dans le cadre de l'instance contentieuse posséder un passeport en cours de validité et qu'un visa lui a effectivement été délivré pour une période de validité du 28 septembre 2018 au 26 mars 2019 et qu'il est entré sur le territoire français le 16 mars 2019, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué que le requérant aurait sollicité et obtenu un titre de séjour après l'expiration de son visa le 26 mars 2019. Par suite, il entrait dans le cas prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1. Ces dispositions peuvent être substituées à celles du 1° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. En l'espèce, cette substitution respecte ces conditions et il y a lieu donc lieu d'y faire droit.

6. En quatrième lieu, à supposer que le requérant soutienne qu'il entrait dans une catégorie d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il pouvait prétendre à l'attribution de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en vertu de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant avait, à la date de la décision attaquée, accompli les démarches lui permettant de remplir les conditions prévues par ces stipulations, tenant notamment en la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Ainsi, à supposer que ce moyen soit soulevé, il doit être écarté.

7. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que M. A B n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour alors que le préfet de police n'était pas tenu d'examiner si sa situation ouvre le droit à une régularisation qui relève du pouvoir discrétionnaire du préfet. En outre, la seule circonstance, à la supposer établie, qu'il allègue être inséré professionnellement n'est pas de nature à faire obstacle à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La magistrate désignée,

T. BLANCLa greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière