Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300966

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation.

Il soutient que le préfet ne pouvait pas classer sans suite sa demande de naturalisation au motif qu'il ne s'était pas présenté à son entretien de naturalisation dès lors qu'il n'a reçu aucune convocation en ce sens.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande l'annulation de la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation pour défaut de présentation personnelle à l'entretien nécessaire à l'instruction de cette demande.

2. Aux termes de l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 dans sa rédaction résultant du décret n° 2019-1507 du 30 décembre 2019 : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ".

3. Il est constant que M. B ne s'est pas présenté à l'entretien qui devait avoir le lieu le 6 janvier 2023. M. B soutient ne pas avoir reçu le mail qui contenait la convocation à cet entretien. Si le préfet de Seine-et-Marne produit en défense la capture d'écran d'un mail envoyé le 14 novembre 2022 à l'adresse indiquée par le requérant dans le document CERFA de demande de naturalisation, cette seule pièce ne permet pas d'établir que M. B aurait bien reçu cette convocation en l'absence de certification de la réception du mail ou, à tout le moins, d'un rapport de suivi de courriel émis par le serveur informatique hébergeant l'adresse de contact de l'envoyeur et mentionnant la délivrance au serveur hébergeant l'adresse de contact du destinataire. Ainsi M. B est fondé à soutenir qu'en classant sans suite sa demande de naturalisation, le préfet a méconnu les dispositions de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 précitées.

4. Par suite, la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation doit être annulée. Il appartiendra en conséquence au préfet de Seine-et-Marne de reprendre immédiatement l'instruction de la demande de naturalisation présentée par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a classé sans suite la demande de naturalisation de M. A B est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressé au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier La greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,