Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300992

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant " sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) à défaut d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle a été signée par un auteur incompétent ;

- elle est entachée d'un défaut de contradictoire dès lors que le refus de séjour aurait dû être motivé par la décision de retrait de titre de séjour durant sa durée de validité, car le renouvellement de son titre de séjour lui avait déjà été accordé ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par un auteur incompétent ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été déclarée caduque par une décision du 15 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 relative à la circulation et au séjour des personnes et l'accord franco-congolais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 27 mars 1989 à Kananga (République démocratique du Congo), est entré en France le 18 octobre 2020 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 18 octobre 2020 au 18 mai 2021. Par un arrêté en date du 17 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 15 mars 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le président du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal administratif de Melun a statué sur la demande de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle en constatant sa caducité. Par suite, les conclusions du requérant tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () " Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. " Une décision accordant un titre de séjour est par nature une décision créatrice de droits. Par suite, quand bien même cette décision aurait été obtenue par fraude et pourrait ainsi être retirée à tout moment, cette circonstance ne dispense pas l'administration de respecter la procédure contradictoire imposée par les dispositions précitées.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu une attestation de décision favorable, correspondant à l'attestation visée au quatrième alinéa de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, laquelle n'est délivrée qu'après la prise par le préfet d'une décision favorable. Cette attestation indiquant à M. B que " le 14 septembre 2022, une décision favorable a été prise à la suite de votre demande d'admission au séjour " et qu'un titre de séjour valable du 15 septembre 2022 au 14 septembre 2023 allait lui être délivré, le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé, par l'édiction de l'arrêté litigieux du 17 janvier 2023, comme ayant retiré sa décision favorable du 14 septembre 2022. Le préfet de Seine-et-Marne ne justifie pas qu'il aurait respecté la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées, M. B est par suite fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 17 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a retiré le titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et seul susceptible de l'être, le présent jugement implique seulement que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 17 janvier 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. B et de prendre une nouvelle décision dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,