Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301005
vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2209866 du 27 janvier 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Melun, la présidente du tribunal administratif de Versailles a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. B.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 29 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Maugendre, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à un examen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de cet examen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. B soutient que :
Sur le moyen commun :
- il est entaché d'un vice d'incompétence ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable sérieux et complet de sa situation par le préfet de l'Essonne dès lors qu'il détient un passeport valide alors que la décision attaquée mentionne qu'il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes en ce qu'il n'a pas présenté de passeport valide, que le préfet n'a pas mentionné qu'il travaille depuis juin 2019 au sein de la société AM Pro Trans en qualité de chef de quai puis en qualité de responsable logistique, qu'il n'a pas pris en considération la demande de titre de séjour effectuée par le requérant pour régulariser sa situation, et qu'il n'est pas indiqué que M. B héberge son frère mineur scolarisé en France ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré régulièrement en France il y a près de quatre ans, qu'il réside avec son petit frère mineur et travaille depuis 2019 ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable sérieux et complet de sa situation par le préfet de l'Essonne ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable sérieux et complet de sa situation par le préfet de l'Essonne ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France depuis 2019 avec son petit frère mineur et qu'il justifie d'une intégration professionnelle sur le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la durée de sa présence en France, à la nature et l'ancienneté de ses liens en France et en l'absence d'une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées et communiquées le 25 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à l'éloignement des étrangers mentionnés aux chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater des titres VII des livres VII du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Blanc,
- et les observations de M. B qui soutient qu'il travaille toujours comme chauffeur et responsable logistique, qu'il a déposé une demande de titre de séjour en 2022 et qu'il réside avec son frère ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11 h 01.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré en France régulièrement en mars 2019 muni d'un visa délivré par le consulat de France à Tunis en Tunisie. Par un arrêté du 28 décembre 2022, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :
2. Par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige faisant obligation au requérant de quitter le territoire français et lui fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne, qui n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments de la situation personnelle du requérant, n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet et sérieux de sa situation doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. B soutient qu'il réside en France depuis environ quatre ans, que son frère y réside aussi et qu'il est inséré professionnellement. Il souligne, à cet égard, l'ancienneté de son emploi auprès du même employeur, travaillant depuis le 1er juin 2019 au sein de la société AM PROS TRANS. Toutefois, il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille. En outre, si le requérant soutient qu'il réside avec son frère mineur, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils justifient d'une adresse commune depuis l'entrée du requérant sur le territoire français. Il n'établit pas l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec son frère et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses dix-huit ans. Enfin, il ne justifie pas, en dépit de l'emploi qu'il occupe, d'une intégration sociale, personnelle, amicale ou professionnelle conséquente et établie. Par suite, compte tenu de la durée de sa présence et de son emploi en France, encore assez réduite à la date de la décision attaquée, le préfet n'a pas porté à cette date à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen soulevé en ce sens par le requérant doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 28 décembre 2022 du préfet de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant été retenu, M. B ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire est dépourvue de base légale.
9. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de l'Essonne a, après avoir notamment visé les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionné que le requérant déclare être entré régulièrement en France en mars 2019, qu'il s'est maintenu sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour et qu'il a été interpellé le 27 décembre 2022 pour conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié, détention frauduleuse de faux document administratif et qu'il a fait l'objet d'un signalement pour des faits de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié, retenu que l'intéressé constitue un trouble récurrent pour l'ordre public, ce que le requérant ne conteste pas, et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et se maintient sur le territoire en situation irrégulière au sens du 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision portant refus de délai de départ volontaire atteste de ce que le préfet de l'Essonne a suffisamment motivé la décision attaquée et a examiné la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision et d'un défaut d'examen préalable doivent être écartés.
10. A supposer que le requérant soutienne que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait au motif qu'il détient un passeport valide, il ressort des pièces du dossier qu'il est titulaire d'un passeport valide, contrairement à ce qu'a retenu le préfet de l'Essonne. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Essonne aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le requérant s'est maintenu sur le territoire en situation irrégulière.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 28 décembre 2022 du préfet de l'Essonne portant refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant été retenu, M. B ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale.
13. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. B.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 28 décembre 2022 du préfet de l'Essonne fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant été retenu, M. B ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
17. Les circonstances dont se prévaut le requérant tirées de ce qu'il réside en France depuis quatre années avec son frère mineur, à la supposer établie, et de son intégration professionnelle, ne sauraient caractériser des circonstances humanitaires qui feraient obstacles à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour déterminer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de l'Essonne a pris en compte la durée et les conditions du séjour de M. B, ses liens personnels et familiaux, et un comportement qu'il a estimé constitutif d'une menace à l'ordre public, ce dernier élément n'étant pas contesté par le requérant. Il a ainsi apprécié la durée de l'interdiction du territoire français conformément aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
18. En troisième lieu, il résulte des motifs énoncés au point 6 du présent jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne, en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 28 décembre 2022 du préfet de l'Essonne portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La magistrate désignée,
T. BLANCLa greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière