Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301032
vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2023 et un mémoire enregistré le 30 juin 2024, M. B A, représenté par Me Macarez, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " ;
3°) à titre subsidiaire d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par un auteur incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit et présente un caractère disproportionné ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pradalié,
- les observations de Me Macarez, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 4 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant de la Guinée Bissau né le 1er février 1993 à Pelundo (Guinée Bissau), a sollicité le 29 mars 2021 de la préfète du Val-de-Marne la délivrance d'un premier titre de séjour mention "travailleur temporaire" et s'est vu remettre un récépissé de demande valable jusqu'au 24 février 2022. Le silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande ayant fait naitre une décision implicite de refus, il demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.
3. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
4. M. A a versé au dossier des bulletins de salaire faisant état de son activité professionnelle de manœuvre au sein d'une entreprise de plomberie, d'avril 2019 à mai 2024, pour la même société, pour des revenus mensuels nets généralement situés entre 900 euros et 1 900 euros, et souvent supérieurs à 1 600 euros, ainsi que des pièces établissant sa présence en France depuis juillet 2013. Il produit également des attestations établies par son employeur pour indiquer son intention de le recruter en contrat de travail à durée indéterminée à taux plein, ainsi que les démarches effectuées par son employeur en ce sens, et notamment le formulaire de demande d'autorisation de travail établi par ce dernier. Par ailleurs, M. A vit en France auprès de sa mère, de nationalité française, et de deux sœurs bénéficiaires d'un titre de séjour. Par suite, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, la préfète du Val-de-Marne, doit être regardée comme ayant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sa décision portant refus de titre de séjour.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que la préfète du Val-de-Marne ou tout autre préfet territorialement compétent délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 200 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. PRADALIELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,