Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301086
lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 1er février et 23 mars 2023, M. B A, de nationalité malienne, représenté par Me Sidibé, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, contenues dans un arrêté en date du 30 janvier 2023, par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- celle-ci est entachée d'un vice d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas justifié de l'existence d'une délégation de signature au profit de la signataire de l'acte attaqué ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il n'avait pas démontré sa volonté de régulariser sa situation alors qu'il a déposé une demande d'asile en 2015 et que la sous-préfecture du Raincy lui a délivré, de ce fait, un récépissé ;
- en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la préfète a commis une erreur de droit, dès lors qu'il présente des garanties de représentation ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lorsqu'elle a pour conséquence de nuire à son couple, qu'il va se trouver éloigné de son frère et qu'il demeure en France depuis l'âge de dix-sept ans ;
- la décision interdisant le retour a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est contraire à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des garanties de représentation, qu'il a toujours eu une adresse en France où il réside depuis 17 ans et où il est hébergé par son frère ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste, dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette décision va nuire à son couple et dès lors que son seul lien familial est son frère qui vit régulièrement en France ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise en violation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 3° de l'article L. 511-1 du même code et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- contrairement à ce qu'indique la décision attaquée, il existe des circonstances humanitaires qui font obstacle à la mise en œuvre d'une telle interdiction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Declercq,
- et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h53.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
2. M. A, ressortissant malien, qui est entré en France le 26 octobre 2005 afin de rejoindre son frère titulaire d'une carte de résident, selon ses dires, a fait l'objet le 16 décembre 2015 d'une première obligation de quitter le territoire qu'il n'a pas exécutée. Par arrêté du 30 janvier 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a ainsi, sans lui accorder de délai de départ volontaire, à nouveau obligé de quitter le territoire français, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/2671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du 14 au 25 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. A soutient que la préfète a commis une " erreur manifeste d'appréciation " en indiquant, dans la décision litigieuse, qu'il n'avait jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, alors qu'il a, en 2015, déposé une demande d'asile qui aurait été rejetée, cette erreur, qui est effectivement établie par le récépissé produit par le requérant, n'est, en tout état de cause, pas de nature à remettre en cause la décision contestée, fondée sur la situation irrégulière de M. A, lequel n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ni tenté, par la suite, de régulariser sa situation en déposant une nouvelle demande d'admission au séjour, fondée sur un autre motif.
5. En troisième lieu, M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire français, et la décision fixant le pays de renvoi auraient été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Toutefois, à l'appui de ces moyens, le requérant, qui se borne à faire état de la présence de son frère qui l'héberge, en indiquant dans le dernier état de ses écritures qu'il est son seul lien en France, ne justifie pas ainsi de ce qu'il mènerait sur le sol français une " vie privée et familiale " au sens des dispositions précitées.
6. En quatrième lieu, si M. A soutient que le préfet aurait commis une erreur de droit en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, de sorte que le préfet était fondé à ne pas lui accorder de délai, en vertu de dispositions combinées des articles L. 612-2 et L. 612-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le préfet peut, dans ce cas, prendre une telle décision.
7. En cinquième lieu, M. A soutient que la décision portant interdiction de retour a été prise en méconnaissance de ces mêmes stipulations, ainsi que des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il aurait dû bénéficier de la disposition, contenue dans cet article, selon laquelle le préfet avait la faculté de s'abstenir de prendre une telle mesure, pour des raisons humanitaires. Toutefois, la double circonstance qu'il séjourne irrégulièrement en France depuis plus de 17 ans et qu'il est hébergé par son frère ne suffit pas, à elle seule, à permettre de regarder comme établie l'existence de " circonstances humanitaires ".
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M. DECLERCQLa greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,