Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301132
vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SANGUE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2023, M. B A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'annuler la décision portant refus de délivrance d'un récépissé ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de huit jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard et lui délivrer une autorisation provisoire séjour ;
5°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un récépissé :
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par une décision du 30 août 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 25 décembre 1995 à Diema (Mali), a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour en déposant un dossier en date du 2 mai 2022 auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. Aucun récépissé ne lui a été délivré à ce jour. Par le présent recours, il demande l'annulation de la décision implicite portant refus de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour, ainsi que de la décision implicite lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 30 août 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a statué sur la demande d'aide juridictionnelle de M. A. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un récépissé de sa demande de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre, à la suite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, un document intitulé " attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour ". Toutefois, un tel document ne peut pas être regardé comme le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment qu'il ne l'autorise pas à séjourner en France pendant la durée de l'instruction de leur demande. Dans ces conditions, et alors que l'incomplétude du dossier du requérant n'est ni établie ni même soutenue, la préfète du Val-de-Marne n'ayant pas produit d'observations, le requérant est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 112-5 de ce code, l'accusé de réception " indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Selon l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
8. Enfin, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 de ce même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'attestation de dépôt de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, qui ne comporte ni l'indication des conditions dans lesquelles une décision de rejet implicite est susceptible de naître, ni celle des voies et délais de recours, que M. A a sollicité un titre de séjour le 2 mai 2022. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 2 septembre 2022. En l'absence de mention des délais et voies de recours, le délai de recours mentionné à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne lui était pas opposable à la date d'intervention des décisions implicites de rejet en litige. Par lettre reçue par les services de la préfecture le 16 décembre 2022, le requérant a demandé, par l'intermédiaire de son conseil, la communication des motifs de ces décisions. Il n'est pas contesté que la préfète du Val-de-Marne n'a pas répondu à sa demande. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à elle en rejetant sa demande par une décision implicite.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique, sous réserve de l'absence de tout changement dans les circonstances de droit ou de fait, que la préfète du Val-de-Marne, d'une part, procède au réexamen de la demande de titre de séjour et prenne une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, délivre à M. A, dans les 15 jours suivant la notification du présent jugement, un récépissé de demande de titre de séjour durant ce réexamen. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés aux instances :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions du requérant relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A est annulée.
Article 3 : La décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour est annulée.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans les 15 jours suivant la notification du présent jugement, un récépissé de demande de titre de séjour durant ce réexamen.
Article 5 : L'État versera à M. A la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. PRADALIELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,