Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301334

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 février, 18 et 20 février 2023, 19 et 25 avril 2024, M. A C, représenté par Me Gafsia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus de titre de séjour qui aurait été prise le 3 février 2023 et l'arrêté du 3 février 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 3 février 2023 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que la préfète n'a pas tenu compte des troubles psychiatriques dont il souffre ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est dépourvue de base légale en ce qu'il n'est pas entré irrégulièrement sur le territoire national ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a l'ensemble de ses attaches personnelles et professionnelles en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il souffre de troubles psychiatriques et nécessite un suivi médical approprié ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement n'est pas justifié ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son suivi médical implique une préparation pour un retour en Tunisie puisqu'il est suivi par le même médecin psychiatre depuis deux ans ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des troubles psychiatriques dont il souffre et qu'elle ne fait référence qu'à deux critères qui la fondent, sa durée de présence et la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son suivi médical constitue une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2024 :

- l'arrêté ne lui a pas été notifié et il n'en a pris connaissance que dans le cadre de la présente instance ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que la préfète n'a pas tenu compte des troubles psychiatriques dont il souffre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il souffre de troubles psychiatriques et nécessite un suivi médical approprié ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'attribuer un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement n'est pas justifié ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son suivi médical implique une préparation pour un retour en Tunisie puisqu'il est suivi par le même médecin psychiatre depuis deux ans ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des troubles psychiatriques dont il souffre et qu'elle ne fait référence qu'à deux critères qui la fondent, sa durée de présence et la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son suivi médical constitue une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces enregistrées le 22 avril 2024 ont été produites par la préfète du Val-de-Marne.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.

Par un courrier du 24 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a obligé M. C à quitter le territoire français pouvait être fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place, par substitution de base légale, des dispositions du 1° du même article.

Par un courrier du 25 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour qui lui aurait été opposé, en ce qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Dutour, conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutour, conseillère, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2024 pris en cours d'instance par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dès lors qu'elles sont tardives et qu'elles relèvent d'une requête distincte n° 2402597 enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 29 février 2024 ;

- les observations de Me Gafsia, représentant M. C, qui abandonne explicitement les conclusions à fin d'annulation du refus de titre qui aurait été pris à son encontre ; elle abandonne explicitement les écritures du précédent conseil du requérant et déclare ne conserver que les moyens soulevés dans les mémoires enregistrés les 19 et 25 avril 2024 ; elle précise que la décision de refus d'attribuer un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que M. C est suivi par un médecin psychiatre qu'il consulte tous les quinze jours en raison de son syndrome anxio-dépressif, que la préfecture n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité et qu'il doit pouvoir préparer son retour en Tunisie ;

- et les observations de Me Rahmouni représentant la préfète du Val-de-Marne, qui sollicite une substitution de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français aurait pu légalement être fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il précise que M. C souhaite suivre son traitement médical en France pour des raisons financières et qu'il n'a établi aucune vulnérabilité lors de son audition par les services de police ; enfin, il conclut au rejet de la requête, aucun moyen soulevé n'étant fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 41.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, est entré en France le 11 janvier 2020 selon ses déclarations. Par arrêté du 3 février 2023 la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par arrêté du 28 février 2024 la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. C demande au tribunal d'annuler les arrêtés litigieux du 3 février 2023 et du 28 février 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2024 :

2. Il ressort des pièces du dossier que le 28 février 2024, en cours d'instance, la préfète du Val-de-Marne a pris un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. C. Toutefois, les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté sont sans lien suffisant avec les conclusions principales de la requête, qui tendent à l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il en résulte que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 février 2024 formées en cours d'instance relèvent d'un litige distinct et doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 3 février 2023 :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alinéa premier : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

4. M. C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée. La décision attaquée vise les dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables et rappelle les principaux éléments de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. Ainsi, alors que la préfète du Val-de-Marne n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et alors que le bien-fondé de la décision se distingue de sa motivation, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. C soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il souffre de troubles psychiatriques et nécessite un suivi médical approprié. Toutefois, ce moyen, est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays de destination. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ". Aux terme de l'article L. 612-3 du même code: " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

9. En premier lieu, la décision en litige vise expressément les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle indique qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français car il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la décision en litige comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, M. C soutient qu'il souffre d'un " tableau anxio-dépressif récurrent avec plaintes somatiques " pour lequel il prend un traitement composé d'antidépresseurs et d'anti anxiolytiques et hypnotiques et que son suivi médical implique une préparation pour un retour en Tunisie dès lors qu'il est suivi par le même médecin psychiatre depuis deux ans. Toutefois, il ne produit qu'un seul certificat médical établi 16 février 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, par le Dr B, psychiatre-psychothérapeute et des ordonnances de 2021 et 2022 pour attester de la pathologie dont il souffre. Dans ces conditions, il n'apporte pas suffisamment d'éléments pour établir la nécessité pour lui de disposer d'un délai pour préparer son départ pour la Tunisie. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire doit être regardé comme établi. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision portant refus d'attribuer un délai de départ de volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale à raison de l'illégalité de la refusant d'accorder un délai de départ volontaire doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

14. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe, la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

15. Le requérant fait valoir que la décision litigieuse est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne tient pas compte des troubles psychiatriques dont il souffre et qu'elle ne fait référence qu'à deux critères, sa durée de présence et la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Toutefois, contrairement à ce que soutient M. C, la motivation de la décision attaquée atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères précités. Ainsi, alors que la préfète du Val-de-Marne n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de la requérante et alors que le bien-fondé de la décision se distingue de sa motivation, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. M. C fait valoir qu'il souffre d'une pathologie psychiatrique pour laquelle il est suivi par le même médecin psychiatre depuis deux ans et que son suivi médical constitue une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, une telle circonstance, qui, en tout état de cause, ne constitue pas une circonstance humanitaire, ne permet pas d'établir que la décision portant interdiction de retour pendant deux ans a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant. Il en résulte que ces moyens doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent être rejetées.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gafsia et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La magistrate désignée,

L. DUTOURLa greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,