Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301597

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSANGUE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n°2301597 enregistrée le 16 février 2023, M. C A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 juin 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) d'annuler la décision implicite du 23 octobre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision implicite portant rejet de titre de séjour :

- la décision attaquée n'est pas motivée dès lors que sa demande du 10 janvier 2023 de communication des motifs de la décision est restée sans réponse ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un récépissé :

- elle méconnait l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 12 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er décembre 2023 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 14 décembre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.

II - Par une requête n°2301598 enregistrée le 16 février 2023, Mme B A, représentée par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 juin 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) d'annuler la décision implicite du 23 octobre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salariée " dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision implicite portant rejet de titre de séjour :

- la décision attaquée n'est pas motivée dès lors que sa demande du 10 janvier 2023 de communication des motifs de la décision est restée sans réponse ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de titre de séjour :

- elle méconnait l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 12 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er décembre 2023 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 14 décembre 2023.

Par décision du 19 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle totale présentée par Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A et Mme B A, ressortissants maliens, ont sollicité le 23 juin 2022 un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions implicites nées le 23 octobre 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de leur délivrer le titre sollicité. Par le présent recours, ils demandent l'annulation des décisions du 23 juin 2022 portant refus de leur délivrer des récépissés de leur demande de titre de séjour, ainsi que des décisions implicites du 23 octobre 2022 leur refusant la délivrance d'un titre de séjour.

2. Les requêtes n° 2301597 et n° 2301598 de M. C et Mme B A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023. Il n'y a ainsi plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

4. Par une décision du 19 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande de Mme A. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de délivrance d'un récépissé de leur demande de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les requérants se sont vus remettre, à la suite de leur demande d'admission exceptionnelle au séjour, un document intitulé " attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour ". Toutefois, un tel document ne peut pas être regardé comme le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment qu'il ne les autorise pas à séjourner en France pendant la durée de l'instruction de leur demande. Dans ces conditions, et alors que l'incomplétude des dossiers des requérants n'est ni établie ni même soutenue, la préfète du Val-de-Marne n'ayant pas produit d'observations, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation des décisions du 23 juin 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de leur délivrer un récépissé de leur demande de titre de séjour.

En ce qui concerne les décisions implicites de refus de délivrance d'un titre de séjour :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 112-5 de ce code, l'accusé de réception " indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Selon l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

10. Enfin, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 de ce même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

11. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des deux attestations de dépôt de leur demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui ne comportent ni l'indication des conditions dans lesquelles une décision de rejet implicite est susceptible de naître, ni celle des voies et délais de recours, que M. et Mme A ont sollicité un titre de séjour le 23 juin 2022. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 23 octobre 2022. En l'absence de mention des délais et voies de recours, le délai de recours mentionné à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne leur était pas opposable à la date d'intervention des décisions implicites de rejet en litige. Par lettre reçue par les services de la préfecture le 10 janvier 2023, les requérants ont demandé, par l'intermédiaire de leur conseil, la communication des motifs de ces décisions. Il n'est pas contesté que la préfète du Val-de-Marne n'a pas répondu à leur demande. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à elle en rejetant leur demande par une décision implicite.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre ces décisions, que les décisions implicites par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. et Mme A doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique, sous réserve de l'absence de tout changement dans les circonstances de droit ou de fait, que la préfète du Val-de-Marne, d'une part, procède au réexamen des demandes de titre de séjour et prenne deux nouvelles décisions dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, délivre à M. et Mme A un récépissé de demande de titre de séjour durant ce réexamen. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés aux instances :

14. D'une part, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Sangue, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

15. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, qui est dans la présente instance la partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requérants relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions du 23 juin 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté leur demande de titre de séjour sont annulées.

Article 3 : Les décisions du 23 juin 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de leur délivrer un récépissé de leur demande de titre de séjour sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer les demandes de M. et Mme A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer un récépissé de demande de titre de séjour durant ce réexamen.

Article 5 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Sangue, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 6 : L'État versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme B A, à Me Sangue et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2301597