Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301633
jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. C A B, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 17 février 2023 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au retrait de son signalement dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre à l'autorité compétente de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors que le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine indique que la requête de M. A B n'appelle aucune observation de sa part.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Mullié, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mullié,
- et les observations de Me Calvo Pardo, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h07.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, est entré en France le 12 juillet 2017 selon ses déclarations. Par arrêté du 17 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an. M. A B demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en date du 17 février 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il le soutient, M. A B réside habituellement sur le territoire français depuis le 12 juillet 2017, qu'après avoir fréquemment travaillé pour la société DMBS Menuiserie entre 2017 et 2019, il travaille à temps plein, pour le même employeur, depuis 2020 en tant que menuisier, métier pour lequel il est diplômé, et qu'il est locataire de son logement. Dans ces circonstances, M. A B établit que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être accueilli.
3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, les conclusions de M. A B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 17 février 2023 doivent être accueillies. Par voie de conséquence, doivent également être accueillies les conclusions dirigées contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Le présent jugement implique, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que la préfète du Val-de-Marne, territorialement compétente, procède au réexamen de la situation administrative du requérant, prenne une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et munisse M. A B d'une autorisation provisoire de séjour pendant toute la durée de ce réexamen. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au retrait du signalement du requérant aux fins de non-admission sur le système d'information Schengen dans un délai de 15 jours suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Il y a lieu de mettre à la charge du préfet des Hauts-de-Seine, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : Les décisions du 17 février 2023 du préfet des Hauts-de-Seine sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, d'une part, de procéder au réexamen de la situation de M. A B et de prendre une nouvelle décision dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, de munir M. A B d'une autorisation provisoire de séjour durant toute la durée du réexamen de sa situation.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au retrait du signalement de M. A B aux fins de non-admission sur le système d'information Schengen dans un délai de 15 jours suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à M. A B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La magistrate désignée,
N. MULLIÉLa greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,