Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301991

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301991
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, la SAS Bureau Veritas Exploitation, représentée par la SARL Gaudin, Junqua-Lamarque et associés, agissant par

Me Junqua-Lamarque, demande au juge des référés :

1°) de condamner la commune de Maisons-Alfort, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une somme de 2 272,73 euros à titre de provision sur des factures émises en rémunération d'une mission de vérifications quinquennales des ascenseurs de divers sites de la ville et d'une mission de vérifications annuelles des installations électriques de divers sites de la ville, qui lui ont été confiées par des lettres de commande du

17 décembre 2020 et du 4 avril 2022 ;

2°) de condamner la commune de Maisons-Alfort à payer les intérêts moratoires au titre des articles L. 2192-13 et R. 2192-32 du code de la commande publique ;

3°) de condamner la commune de Maisons-Alfort à payer la somme de 351,66 euros au titre des indemnités légales ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Maisons-Alfort une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 16 octobre 2023, la SAS Bureau Veritas exploitation, déclare se désister purement et simplement de ses conclusions tendant à ce que la commune de Maisons-Alfort lui verse une somme de 2 272,73 euros à titre de provision sur les factures impayées et maintient expressément ses conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires, des indemnités légales et à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

En ce qui concerne le versement des factures non payées :

2. Par un mémoire enregistré le 16 octobre 2023, la SAS Bureau Veritas exploitation, déclare se désister purement et simplement de ses conclusions tendant à ce que la commune de Maisons-Alfort lui verse une somme de 2 272,73 euros à titre de provision sur les factures impayées. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

En ce qui concerne les intérêts moratoires :

3. Le premier alinéa de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique dispose : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement (), le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire ". L'article R. 2192-31 du même code précise : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage ". Et l'article R. 2192-32 ajoute : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement () jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse ".

4. Il résulte de l'instruction, et n'est au demeurant pas contesté devant le juge des référés, d'une part, que le délai de paiement contractuellement prévu était de quinze jours à compter de la présentation des factures, d'autre part, que les deux factures demeurées en tout ou partie impayées lors de l'introduction de la requête, la facture n° 21817489 du 10 novembre 2021, d'un montant de 360 euros toutes taxes comprises (TTC), et la facture n° 22234872 du 4 mai 2022, d'un montant de 2 364,77 euros TTC, ont été, après la réalisation des prestations de service, mises à disposition de la commune sur la plateforme Chorus, respectivement, le 11 novembre 2021 et le 4 mai 2022. Il est par ailleurs constant que ces factures sont demeurées impayées, s'agissant de la première, pour la totalité de son montant, et s'agissant de la seconde, à concurrence d'un montant de

1 912,73 euros, jusqu'au mois d'octobre 2023.

5. Il résulte de ce qui précède que l'obligation, pour la commune de Maisons-Alfort, de payer à la SAS Bureau Veritas exploitation des intérêts au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au

1er juillet 2021, majoré de huit points de pourcentage, sur la somme de 360 euros, à compter du

27 novembre 2021, et des intérêts au taux précédemment mentionné mais en vigueur au

1er janvier 2022, majoré de huit points de pourcentage, sur la somme de 1 912,73 euros, à compter du 20 mai 2022, dans les deux cas jusqu'à la date du paiement des factures effectué au mois d'octobre 2023, soit, à défaut de justifier d'une date plus précise, au plus tôt, le 1er octobre 2023, n'apparaît pas sérieusement contestable.

En ce qui concerne les indemnités légales :

6. Le troisième alinéa de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique dispose : " Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire ". Selon l'article D. 2192-35 du même code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ". Le quatrième alinéa de l'article L. 2192-13 dispose en outre : " Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification ".

7. La société requérante soutient qu'en application des dispositions citées au point précédent, la commune de Maisons-Alfort lui serait " également redevable, en sus et de plein droit, consécutivement à ce retard de paiement des sommes suivantes : / - 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement par facture impayée, soit 80 euros : - du coût de la mise en demeure, soit 271,66 euros TTC (pièce 20 - factures SCP GAUDIN) ". Elle réclame en conséquence une provision à ce titre d'un montant total de 351,66 euros.

8. Toutefois, d'une part, il résulte des termes mêmes du quatrième alinéa de l'article

L. 2192-13 précité que l'indemnisation qu'elle prévoit présente un caractère " complémentaire " et ne s'applique donc que si, et dans la mesure où, " les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent ". Il s'ensuit que, pour déterminer le montant de cette " indemnisation complémentaire ", l'" indemnité forfaitaire " due en application du troisième alinéa de l'article L. 2192-13 doit venir en déduction du montant correspondant aux " frais de recouvrement exposés ".

9. D'autre part, en l'espèce, les factures produites par la société requérante ne permettent de justifier de frais de recouvrement que pour un montant de 226,38 euros (et non 271,66 euros, ces frais ayant été, en l'espèce, facturés et réglés hors taxes), frais dont il y a lieu de déduire, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la somme de 80 euros correspondant à la part de ces frais couverte par l'indemnitaire forfaitaire.

10. Il résulte de ce qui précède que l'obligation, pour la commune de Maisons-Alfort, de payer à la SAS Bureau Veritas exploitation une indemnité forfaitaire et une indemnisation complémentaire en application des dispositions du troisième et du quatrième alinéa de l'article

L. 2192-13 n'apparaît pas sérieusement contestable à concurrence d'un montant, respectivement, de 80 euros et de 146,38 euros.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". L'article R. 761-2 du même code précise : " En cas de désistement, les dépens sont mis à la charge du requérant sauf si le désistement est motivé () par le fait que, postérieurement à cet enregistrement, satisfaction totale ou partielle a été donnée au requérant ".

12. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le désistement des conclusions principales de la société requérante est motivé par le règlement en cours d'instance, plusieurs mois après l'introduction de sa requête, des factures demeurées impayées, au titre desquelles elle demandait une provision au juge des référés. Il y a dès lors lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Maisons-Alfort une somme de 1 000 euros en application des dispositions précitées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions principales de la requête de la

SAS Bureau Veritas Exploitation.

Article 2 : La commune de Maisons-Alfort est condamnée à verser à la SAS Bureau Veritas Exploitation une provision d'un montant égal à la somme des intérêts au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au 1er juillet 2021, majoré de huit points de pourcentage, sur la somme de 360 euros, à compter du 27 novembre 2021, et des intérêts au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au 1er janvier 2022, majoré de huit points de pourcentage, sur la somme de 1 912,73 euros, à compter du 20 mai 2022, les intérêts courant dans les deux cas jusqu'au 1er octobre 2023.

Article 3 : La commune de Maisons-Alfort est condamnée à verser à la SAS Bureau Veritas Exploitation une seconde provision d'un montant total de 226,38 euros.

Article 4 : La commune de Maisons-Alfort versera la somme de 1 000 euros à la SAS Bureau Veritas Exploitation au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Bureau Veritas exploitation et à la commune de Maisons-Alfort.

Le juge des référés,

X. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2301991