Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302408
vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302408 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mars 2023 et le 4 avril 2023, M. C A, représenté par Me Azghay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. A soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut prétendre à un titre de séjour " salarié " ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est titulaire d'un permis de conduire tunisien qui lui permet de conduire sur le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à l'éloignement des étrangers mentionnés aux chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater des titres VII des livres VII du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Blanc a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, a fait l'objet d'un arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/021 du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 1er mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme B pour signer la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / () ".
5. D'autre part, il résulte de la combinaison des stipulations des articles 3 et 11 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 et des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la délivrance aux ressortissants tunisiens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et, au surplus, d'un contrat visé par les services en charge de l'emploi.
6. Le requérant se prévaut de ce qu'il vit en France depuis neuf mois, de ce qu'il justifie d'un emploi eu égard aux critères de la circulaire du 28 novembre 2012 et de ce qu'il est bien titulaire d'un permis de conduire tunisien lui permettant de conduire en France. Toutefois, il est constant que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il relève d'un régime de titre de séjour de plein droit, et que le préfet de Seine-et-Marne a pris une décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° et du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, à supposer que la circonstance qu'il soit titulaire d'un permis de conduire tunisien soit établie contrairement à ce qu'a estimé le préfet, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le préfet n'a pas fondé son appréciation sur celle-ci. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent être écartés.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. A se prévaut de son intégration professionnelle en France dès lors qu'il a conclu un contrat à durée indéterminée le 28 septembre 2022 avec la société SARL ONYVA TRANSPORT en tant que chauffeur livreur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la situation professionnelle du requérant est particulièrement récente à la date de la décision attaquée et remonte à six mois environ. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant à charge, ne justifie d'aucune insertion particulière ni de la réalité ou de l'intensité de liens familiaux, amicaux en France, alors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il déclare que son père, sa mère et ses frères et sœurs résident. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La magistrate désignée,
T. BLANCLa greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière