Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302752

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mars et

4 avril 2023, Mme C B épouse A, représentée par Me Herrero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de toute autorité administrative compétente la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions en litige ne sont pas motivées ; l'argumentation du préfet de

Seine-et-Marne " totalement péremptoire et inopérante cache en réalité un défaut d'examen de [sa] situation personnelle " ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision attaquée est privée de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision contestée est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne, qui produit les pièces utiles du dossier, conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

3 janvier 2024 à 12 heures.

Des pièces enregistrées les 23 et 24 avril 2024, produites par Me Herrero pour Mme B épouse A n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Réchard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante camerounaise née en 1963 à Diznague (Cameroun), a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme B épouse A demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en fait comme en droit.

3. D'une part, la décision portant refus de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle et familiale de Mme B épouse A et énonce les raisons pour lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a estimé, au vu de l'avis émis le

19 septembre 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'elle ne remplissait pas les conditions lui ouvrant droit à la délivrance d'un titre de séjour à raison de son état de santé. Ainsi, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait à l'exigence de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, prévue par les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, qui n'imposent pas que l'avis soit joint à la décision en litige. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte de la décision refusant au requérant la délivrance d'un titre de séjour en application du deuxième alinéa précité de l'article L. 613-2. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations suffisantes de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination dès lors qu'il vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de la requérante, en l'espèce camerounaise, et mentionne en son avant-dernier considérant que la décision en litige ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que les décisions attaquées satisfont à l'exigence de motivation prévues par les dispositions précitées au point 2. du présent jugement.

4. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B épouse A. A cet égard, et contrairement à ce que soutient l'intéressée, le préfet de Seine-et-Marne, qui l'avait invitée à produire des pièces justifiant de son insertion sociale et professionnelle, a estimé que sa situation ne relevait pas de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

6. D'une part, Mme B épouse A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L.311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été abrogées par la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, à compter du 1er mars 2019. D'autre part, si Mme B épouse A soutient que sa maladie pourrait avoir des conséquences suffisamment graves, elle ne produit aucune pièce au soutien de son argumentation et de nature à contredire l'avis émis le 19 septembre 2022 par le collège des médecins de

l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a considéré que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, la requérante ne peut utilement invoquer des circonstances humanitaires résultant de ce qu'elle aurait été victime de violences conjugales, qu'elle ne démontre au demeurant pas, et de ce que son retour dans son pays d'origine aggraverait son traumatisme, l'existence de telles circonstances étant sans incidence sur l'application des dispositions précitées au point 5. du présent jugement.

7. En second lieu, si Mme B épouse A soutient que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, elle ne produit aucun élément au soutien de son argumentation alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle est divorcée, sans enfant à charge, sans insertion sur le territoire français, et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte tenu des considérations énoncées aux points 2. à 7. du présent jugement, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B épouse A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.

9. En deuxième lieu, Mme B épouse A ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

10. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6. et 7. du présent jugement, Mme B épouse A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Compte tenu des considérations énoncées aux points 8. à 10. du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B épouse A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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