Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302847

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. D B

A C, représenté par Me Gonzalez Duarte, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 en tant que la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard à titre subsidiaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il soulève les mêmes moyens de légalité externe que contre la décision portant refus de séjour ; la motivation de l'obligation de quitter le territoire français est supposée se confondre avec celle du refus de séjour, l'annulation s'impose ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Réchard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant paraguayen né en 1996 à Asunción (Paraguay), a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du

3 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Par la présente requête, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation.

3. La décision portant obligation de quitter le territoire français contestée, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont celles du 3° de l'article L. 611-1, qui en constituent son fondement, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. A C un titre de séjour dès lors que cette décision de refus de séjour est suffisamment motivée, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté, en ce qu'elle précise les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée ainsi que les éléments principaux de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A C ainsi que de la fraude documentaire qui lui est reprochée. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, dont la motivation se confond avec celle de la décision portant refus de séjour, comporte les considérations de droit et de fait suffisantes permettant à l'intéressé de discuter son bien-fondé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ".

5. M. A C soutient qu'il séjourne en France depuis le 24 février 2019, " qu'il a fait sa vie en France avec son épouse et sa fille compte tenu de son arrivée en France ", qu'" il a une vie sociale, des amis et un travail stable ", travaillant dans la restauration depuis 2019, et que toutes ses attaches se trouvent en France. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. A C est marié avec une compatriote depuis le 18 décembre 2021, soit depuis quinze mois à la date de la décision attaquée, il n'est pas contesté que son épouse, arrivée en France en 2000 avec leur fille, née en 2017, réside irrégulièrement sur le territoire français. Si, en outre, M. A C se prévaut d'un emploi stable dans la restauration, il ne peut, toutefois, justifier d'une insertion professionnelle particulière en France alors qu'il ne conteste pas y avoir résidé sous couvert d'une fausse carte d'identité espagnole. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. A C en France, la préfète du Val-de-Marne, qui contrairement à ce que soutient le requérant, a bien pris en compte la résidence de son épouse à ses côtés, ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. A C ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas fondé à prétendre qu'il ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement à supposer qu'il ait entendu invoquer un tel moyen.

6. En troisième et dernier lieu, compte tenu des considérations évoquées ci-dessus, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2023 en tant que la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,