Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303263

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2023, Mme B A C, représentée par Me Vasram, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;

2°) d'annuler la décision de rejet de sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et d'examiner sa demande ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable en ce qu'elle a fourni un dossier complet à l'administration ;

La décision refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas motivée ;

- c'est à tort que l'administration a considéré que son dossier était incomplet faute de présenter un visa long séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'aucun récépissé de demande de délivrance de certificat de résidence ne lui a été délivré ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision de refus de séjour :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du même code ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un lettre du 25 juin 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions présentées par la requérante dirigées contre une décision implicite née du silence de la préfète sur sa demande de titre de séjour sont irrecevables en ce qu'elles sont sans objet dès lors que la lettre du 8 mars 2023 ne comporte pas une telle décision.

En réponse à cette information, la requérante a présenté des observations, enregistrées le 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère ;

- et les observations de Me Vasram, avocate de Mme A C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " dispense temporaire de carte de séjour " a sollicité le délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " ou la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'ascendant à charge de français, sur le fondement des articles L. 426-20 et L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 8 mars 2023 dont Mme A C demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'elle était incomplète. Mme A C, qui estime que la lettre datée

du 8 mars 2023 révèle une décision de refus de séjour, demande en outre au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur la recevabilité des conclusions présentées contre la décision de refus de séjour dont fait état la requérante :

2. La lettre du 8 mars 2023 du sous-préfet de Nogent-sur-Marne se borne à refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A C. Ainsi, il ne ressort pas des termes de cette lettre que la préfète du Val-de-Marne ait entendu prendre une décision portant refus de séjour à l'encontre de la requérante. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre une telle décision sont sans objet et par-là même irrecevables.

Sur la recevabilité des conclusions présentées contre le refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui dépose une demande de titre de séjour doit présenter à l'appui de sa demande : " 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code, l'étranger qui dépose une demande de titre de séjour doit également présenter les pièces justificatives dont la liste est fixée par l'arrêté du 30 avril 2021 composant l'annexe 10 à ce code. L'annexe 10 prévoit, au sein de la rubrique 30 pour les premières demandes de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivrée à l'étranger ascendant à charge d'un français qu'il appartient au demandeur, de produire notamment un " visa de long séjour (sauf visa de long séjour portant la mention " dispense temporaire de carte de séjour ") ou titre de séjour en cours de validité ". L'annexe 10 prévoit également, au sein de la rubrique 59 pour les demandes de titre de séjour portant la mention " visiteur ", il appartient au demandeur, de produire notamment un " visa de long séjour ou titre de séjour en cours de validité ".

4. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande. L'enregistrement de la demande de titre de séjour d'un étranger ayant présenté une demande d'asile qui n'a pas été définitivement rejetée ne peut être refusé au motif de l'absence de production des documents mentionnés à l'article R. 431-10.

5. La préfète du Val-de-Marne a estimé que le dossier de Mme A C demeurait incomplet, faute pour cette dernière de produire un visa long de séjour adéquat, celui produit à l'appui de sa demande ne permettant pas de solliciter de titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C a produit à l'administration le visa long séjour portant la mention " dispense temporaire de carte de séjour " dont elle était titulaire alors que ce visa est expressément exclu de la rubrique 30 recensant les pièces à communiquer pour l'instruction d'une demande de carte de résident en qualité d'ascendant à charge de ressortissant français. En revanche, la requérante est fondée à soutenir que le dossier qu'elle a présenté afin d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour " visiteur " n'était pas incomplet et que c'est à tort que la préfète de Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2023 en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " visiteur ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique qu'il soit procédé à l'examen de la demande de titre de séjour " visiteur " de Mme A C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à cet examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à la requérante un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire jusqu'à ce qu'elle ait statué sur son cas.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme A C.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La décision du 8 mars 2023 est annulée en tant qu'elle refuse d'enregistrer la demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " de Mme A C.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder à l'examen de la demande de Mme A C tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et à la préfète du Val-de-Marne

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,