Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303345

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantEL HAITEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 avril 2023, le 10 avril 2023 et le

30 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me El Haitem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salariée " ;

3°) à défaut d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit ;

- à la date de signature de son contrat à durée indéterminée le 1er février 2022, elle bénéficiait toujours d'une carte mention " vie privée et familiale " en cours de validité. Elle n'avait donc, à cette date, aucune obligation d'effectuer une demande d'autorisation de travail ;

- à la suite de son divorce, étant consciente de sa situation, elle s'est vue obligée d'effectuer une demande de changement de statut ;

- lors du dépôt de son dossier en préfecture, aucun agent ne lui a notifié une obligation d'effectuer une demande préalable d'autorisation de travail. Ni elle ni son employeur ne pouvait être informé de cette diligence du fait de son changement de statut en cours de contrat ;

- la décision litigieuse méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, s'est mariée avec M. C D, de nationalité française, le 24 mai 2018 au Maroc. Elle est entrée en France le 25 octobre 2018 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Elle a ensuite reçu une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de 2 ans le 10 février 2020. Un divorce entre les deux époux a été prononcé le 17 novembre 2020 par une juridiction marocaine. Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 17 février 2022, en demandant un titre de séjour mention " salarié ". Par une décision en date du 17 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Elle demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision de refus de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", Mme A se borne à produire un contrat de travail à durée déterminée signé le 14 juin 2021 et des bulletins de salaires établissant une activité professionnelle continue du 15 juin 2021 à la date de la décision attaquée. Au regard notamment de cette activité professionnelle de moins de deux ans, et au égard à la nature de cette activité, il en résulte que la décision attaquée ne peut être regardée comme étant entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, la requérante soutient qu'à la date de signature de son contrat à durée indéterminée le 1er février 2022, elle bénéficiait toujours d'une carte mention " vie privée et familiale " en cours de validité, qu'elle n'avait donc, à cette date, aucune obligation d'effectuer une demande d'autorisation de travail, qu'à la suite de son divorce, consciente de sa situation, elle s'est vue obligée d'effectuer une demande de changement de statut, et que lors du dépôt de son dossier en préfecture, aucun agent ne lui a notifié une quelconque obligation d'effectuer une demande préalable d'autorisation de travail. Il ressort toutefois des écritures mêmes de la requérante qu'elle bénéficiait d'un titre de séjour qui a expiré le 16 février 2022, et il ressort de la décision attaquée qu'elle n'a sollicité le renouvellement de son titre que le 17 février 2022. En outre, le préfet de Seine-et-Marne ne s'est pas borné à examiner sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, mais il a également examiné la situation familiale et personnelle de l'intéressée. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante avait indiqué sur quel fondement elle demandait un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A était présente en France depuis moins de cinq ans à la date de la décision contestée, et qu'elle n'établit pas, ni même n'allègue qu'elle serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, si Mme A vit en concubinage avec un compatriote marocain bénéficiaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au

2 avril 2028, cette circonstance est postérieure à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,