Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304158

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantVASRAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 25 avril 2023, 8 et 28 mars 2024, Mme B, représentée par Me Vasram, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution ;

2°) d'enjoindre préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 avril 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo,

- et les observations de Me Vasram, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née en 1984, est entrée en France le 9 octobre 2020 sous couvert d'un visa étudiant. Elle a par la suite obtenu un titre de séjour en cette même qualité, dont le dernier a expiré le 24 septembre 2023. Le 23 janvier 2023, l'intéressée a déposé une demande de délivrance d'un titre de séjour " recherche d'emploi - création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales applicables et énonce différents éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B. Ainsi, il comporte les considérations de fait et de droit qui en constitue le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a examiné d'office si Mme B remplissait les conditions pour se voir renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " dont elle était titulaire. Par ailleurs, il est constant que Mme B a obtenu un diplôme de " chargé de projets événementiels " le 13 octobre 2022. Par un courriel du 27 février 2023, les services de la préfecture ont demandé à l'intéressée de confirmer la date à laquelle s'est terminée sa scolarité et si elle avait depuis lors procédé à une nouvelle inscription dans un établissement d'enseignement. Mme B a répondu par courriel du 1er mars 2023 que sa scolarité avait pris fin le 30 septembre 2022, qu'il " y avait une inscription avant l'affichage des résultats du diplôme " et que suite à l'obtention de ce diplôme, " cette inscription avait été annulée ". L'intéressée ne conteste pas à l'instance que l'annulation qu'elle évoquait dans ce courriel concernait son inscription pour l'année 2022/2023. Ainsi, à la date de l'examen d'office de sa situation par le préfet au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, Mme B ne suivait aucun enseignement sur le territoire français. La circonstance qu'elle a, par la suite, été réinscrite dans un établissement d'enseignement supérieur est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne a fait une exacte application de l'article L. 422-1 du code précité, en refusant de lui délivrer un nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant ".

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme B soutient que la décision méconnaît les stipulations précitées dès lors qu'elle a suivi avec succès ses études, qu'elle a toujours travaillé pour subvenir à ses besoins et qu'elle héberge sa sœur, installée en France. Toutefois, elle est arrivée en France à l'âge de trente-six ans, ne justifie pas, en tout état de cause, de la nécessité de demeurer auprès de sa sœur et ne conteste pas ne pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée au vu du but poursuivi par la décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la seule circonstance que Mme B se serait beaucoup investie dans ses études et dans ses différentes activités professionnelles et que le refus de titre de séjour la placerait dans une situation de précarité regrettable n'est pas de nature à établir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. Mme B, venue en France pour suivre des études, ne disposait d'aucun droit à une installation pérenne sur le territoire. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte des constatations opérées au point 2 que la décision de refus de titre de séjour, édictée sur le fondement du 3° de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suffisamment motivée. Dès lors, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 mars 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,